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Ouvrir les églises l'été, supplément d'âme pour les touristes.

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Si une église est avant tout un lieu de culte, elle fait aussi partie du patrimoine culturel. L'été, valoriser cet héritage auprès des touristes est l'une des solutions retenues par diocèses et paroisses pour que les petites églises restent vivantes. 

Une réflexion du Journal "La Croix" sur les églises de France que nous souhaitons étendre à nos régions.

Le GEFEDI y réfléchit actuellement.

Ouvrir les églises l'été, supplément d'âme pour les touristes.
Il y a les majestueuses cathédrales et les églises urbaines où la vie paroissiale - plus ou moins dynamique - n'est pas en péril. Et puis il y a la litanie des petites églises et chapelles de campagne, souvent désertées, fermées à clés, abîmées par le temps qui passe. Ces vieilles pierres sont parfois menacées faute de moyens pour les entretenir. 

Mais le problème n'est pas tant financier qu'humain. Il s'agit de redonner vie à ces églises à la fois comme lieux cultuels et culturels. « Tenir l'église au centre du village », comme le dit un ancien dicton, pour qu'elle en soit l'âme, est l'une des ambitions des diocèses et paroisses qui profitent de l'été pour promouvoir le tourisme religieux. 

« Notre action va moins en direction de nos églises, qui ne sont pas menacées, que des chapelles», reconnaît le P. Alain Dupenloup, le curé de la paroisseSaint-Guérin qui regroupe plusieurs villages de la vallée d'Aulps en Haute-Savoie (parmi lesquels Morzine ou Leset Gets). 

"L'effort se porte surtout sur les lieux déjà ouverts"

Ainsi, depuis plus de vingt ans ans, sa paroisse organise pendant l'été « les mercredis de Saint-Graydon » dans la chapelle du même nom située dans les alpages avec eucharistie et «verre de l'amitié». « Nous travaillons avec l'office du tourisme pour faire se rencontrer les passants et les locaux », explique le prêtre. 

Dans cette optique, sa paroisse organise aussi des concerts réguliers dans l'église de Morzine et elle est associée au Festival de la musique mécanique aux Gets. «Cet été, avec un concert, une messe et un repas, l'église sera comble », se réjouit-il. 

Pour le P. Jean-Claude Delechelle, délégué à la pastorale du tourisme du diocèse de Tours, cette volonté de valoriser le patrimoine religieux est « une évolution des mentalités relativement récente ». Car « il y a encore quelques années, le premier réflexe d'un curé était de protéger son église en la fermant. Aujourd'hui, on redécouvre l'une des missions premières des chrétiens : l'accueil. » 

Des bénévoles acceptent de plus en plus souvent d'ouvrir les maisons de Dieu, mais à Tours, « ce n'est encore que lors d'évènements ponctuels ». Et « l'effort se porte surtout sur les lieux déjà ouverts», comme par exemple, le tombeau de saint Martin qui était autrefois une étape obligatoire pour les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle. « Nous essayons de la remettre en valeur », affirme-t-il. 

"Montrer qu'une église n'est pas seulement un bâtiment"

À l'autre extrémité du pays, le P. Francis Tisné, curé de Saint-Lary-Soulan dans le diocèse de Tarbes-Lourdes, sait bien lui aussi que « les touristes ont attendu leurs vacances : c'est à nous de les accueillir avec ce que nous avons de beau, nos églises ». 

Dans cette vallée des Hautes-Pyrénées où le tourisme est très développé, chaque année se tient le festival des petites églises de montagne. Tous les mardis, un concert ou une lecture ont lieu dans une église. Le P. Francis Tisné en est très fier : « C'est un brassage permanent de gens, croyants ou non. Créer de beaux moments est déjà une réussite, Dieu fait le reste. » 

Ici et là, paroisses et diocèses parviennent à tirer parti de l'essor - même modeste - du tourisme religieux. Avec une limite : activités culturelles et cultuelles restent parfois assez perméables les unes aux autres. Comme le résume le P. Dupenloup, le tourisme religieux ne concerne «qu'une petite fraction de personnes » et «tient plus de la curiosité que d'une demande de spiritualité : très honnêtement, les concerts attirent les connaisseurs, et ne convainquent pas les gens de revenir vers l'Église ». 

Mais celui qui a été guide du patrimoine du pays de Savoie et qui travaille toujours à mi-temps à l'ancienne abbaye Sainte-Marie des Alpes, y voit quand même l'occasion de « montrer qu'une église n'est pas seulement un bâtiment, mais aussi un lieu où on peut se retrouver», même à l'occasion de concerts de musique profane. « L'année dernière, nous avons accueilli un groupe népalais. Il y avait un silence religieux ! », sourit-il. 

"Donner une âme au temps libre"

« Il est important que les églises restent ouvertes pour que ceux qui cherchent un espace de recueillement puissent le trouver », écrivait Mgr Roland Minnerath, archevêque de Dijon, dans un rapport rédigé en 2008 au nom de la Conférence des évêques de France sur «l'avenir des bâtiments d'Eglise» (1). « L'Église est appelée à ouvrir les portes de son immense patrimoine culturel et religieux pour répondre aux besoins de sens de l'homme d'aujourd'hui », constatait la même année le Conseil pontifical pour la pastorale des personnes en mouvement. 

Ouvrir les églises ne participe pas seulement d'une volonté de valoriser le patrimoine, mais également de recréer un lien entre grand public et religion. Et l'objectif à long terme est bien d'ouvrir les lieux plus isolés. « S'il n'y a pas d'humanité et d'accueil dans la maison de Dieu, n'espérons pas faire passer un message », résume le P. Francis Tisné, qui travaille depuis vingt ans à ouvrir ses églises des vallées d'Aure et du Louron. 

Car des églises vivantes portent le témoignage de la présence de Dieu. Pour que les églises visitées par les vacanciers deviennent des lieux possibles d'annonce de la foi, le P. Jean-Claude Delechelle a publié sur le site internet du diocèse de Tours quelques pistes de réflexion. « Donner une âme au temps libre » est pour lui une priorité. Les églises visitées pendant l'été peuvent être une « porte d'entrée » vers la religion. Et que l'on soit croyant ou non, l'attachement au clocher demeure. 

Cécile CARTON 

(1) «Faire vivre nos églises partout», rapport piloté par Mgr Roland Minnerath, archevêque de Dijon et présenté aux évêques le 4 novembre 2008. 

La Croix: le