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Face à la pénurie de prêtres

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L’abbé , théologien et canoniste, est Vicaire général du diocèse de Liège. Dans un ouvrage qu’il vient de publier, « Quand les  viennent à manquer », il s’interroge sur la situation actuelle de pénurie sacerdotale en Europe occidentale. Rappelant certains repères théologiques et canoniques,  envisage différentes solutions pour « habiter » le manque de prêtres.

Face à la pénurie de prêtres

Alphonse Borras, qu’est-ce qui vous a amené à écrire ce livre sur le manque de prêtres?

La diminution du nombre de prêtres est, en fait, une question très relative. Si nous disons qu’il y a moins de prêtres, c’est par rapport à un passé récent… Comme Vicaire général, je suis frappé de constater que cette situation engendre préoccupation, voire une angoisse, chez de nombreux catholiques. Cette préoccupation a été, pour moi, comme une occasion de réfléchir à cette problématique. J’estime que la vie de l’Eglise ne se réduit pas au nombre de prêtres. De plus, la diminution du nombre de prêtres est, entre autres, fonction de la diminution de fidèles: il y a actuellement moins de citoyens qu’il y a cinquante ans qui participent effectivement à la vie ecclésiale dans les paroisses, des mouvements, etc.

La question est de voir comment, dans les bouleversements que l’Eglise connaît dans nos pays, elle peut vivre le présent avec confiance et sérénité sans se focaliser sur le « manque » relatif de prêtres.

Car ce qui est premier, ce n’est pas le ministère des prêtres, c’est la mission de l’Eglise, et par conséquent des baptisés dans la diversité de leurs vocations, charismes et engagements. Ce qui est premier, c’est la communauté ecclésiale, sous quelque figure que ce soit: l’Eglise toute entière, l’Eglise diocésaine, l’Unité pastorale et les paroisses qui la composent, et bien d’autres types de communautés.

C’est en effet sur la communauté et les baptisés que repose la triple mission d’annoncer la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu, de célébrer la grâce du salut et de servir notre humanité. Le trésor de la foi nous conduit avant tout à accueillir le « Royaume qui vient » et à humaniser ce monde. D’autant que Dieu a assumé notre condition humaine pour qu’elle soit transfigurée par sa présence et que nous participions à sa vie divine.

Telle est la mission de la communauté ecclésiale. Pour que cette communauté puisse vivre et déployer sa mission, il faut qu’il y ait, en son sein, des ministres de l’Evangile, et en particulier des prêtres.

Quelle est la fonction du prêtre au sein de la communauté ecclésiale?

La fonction principale des prêtres, à l’instar de celle de l’évêque, est d’exercer un ministère « pastoral », c’est-à-dire d’animation, de direction des communautés. Il leur revient d’abord d’engendrer la communauté à la foi par l’annonce de la Bonne Nouvelle. Les prêtres accompagnent également la communauté pour la conduire vers l’unité; celle-ci est sans cesse à faire. Et enfin, les prêtres doivent susciter l’élan missionnaire de la communauté, pour qu’elle soit une « Eglise en sortie ».

Il n’est pas de communauté chrétienne qui puisse vivre sa vocation et sa mission sans le ministère des prêtres. Ils nous rappellent que le vrai pasteur, le vrai « dirigeant » de la communauté, c’est le Christ. C’est la dimension sacramentelle de leur ministère. Ils ne sont pas les « chefs » mais ils sont donnés aux communautés comme « représentant » le Christ, au sens fort et sacramentel du terme. Le prêtre doit également veiller à ce que que l’Esprit continue à déployer son action dans la communauté chrétienne par des charismes multiples. Le prêtre n’est donc pas seulement là pour « dire la messe ».

Si on célèbre l’eucharistie, en particulier le dimanche, c’est pour que l’Eglise devienne vraiment le Corps du Christ, par l’écoute de la Parole de Dieu et le partage du Pain de Vie.

L’eucharistie est donc bien un aspect essentiel de la vie de l’Eglise, comme du ministère des prêtres? 

Effectivement, mais il n’est pas le seul! C’est en accompagnant les fidèles et les communautés qu’ils les disposent à leur mission, celle de dire combien notre humanité est aimée de Dieu ! Cela suppose écoute, discernement, encouragement, parfois interpellation, mais aussi accueil de ce que leurs frères et sœurs ont à leur partager. Force est cependant de constater que, pour les aînés de nos communautés, la préoccupation d’avoir « sa » messe dans « sa » localité semble prédominante. Beaucoup attendent que « l’Eglise » soit partout, que tout le territoire soit quadrillé de paroisses. Pendant de longs siècles, nous avons été dans un contexte social, culturel, où le christianisme était comme un ciment de la vie en société. Aujourd’hui, nous ne sommes plus dans une société de « chrétienté » – c’est évident, même si certains ne le voient pas encore –, mais dans une société pluraliste.

Dans ce nouveau contexte, l’Eglise doit-elle nécessairement être dans toutes les localités, dans chaque quartier et dans chaque village? J’en doute fortement. Si on veut être partout, et maintenir partout une messe chaque dimanche, même s’il n’y a plus d’assemblée consistante, c’est clair qu’on se met soi-même dans la difficulté. Sous cet angle, on n’a pas assez de prêtres… Mais n’est-ce pas de baptisés, témoins de Jésus et acteurs de la mission, dont nous avons besoin? Et pour disposer l’Eglise à sa mission, les prêtres sont indispensables. Pas pour quadriller des territoires, mais pour accompagner les fidèles sur le chemin de la foi.

Aujourd’hui, les communautés habituées à « avoir » des prêtres et à « bénéficier » d’un éventail de services découvrent petit à petit la responsabilité de tous, non pas pour couvrir le territoire, mais pour inscrire la présence de l’Évangile là où ils sont. C’est dans ce contexte qu’il faut s’interroger: s’agit-il de « combler » le manque de prêtres? Ne faut-il pas plutôt l’ »habiter » en prenant chacun notre part dans la mission et en comptant sur les prêtres pour nous aider à « faire Eglise »?

C’est en réponse à ces bouleversements que certaines solutions ont été mises en place, comme la création d’équipes pastorales dans les paroisses. Avec, à leur tête, un coordinateur laïc, homme ou femme. Que pensez-vous de cette formule?

Depuis trente ans, l’équipe pastorale est une manière d’associer des laïcs au ministère du prêtre, dans l’animation ou la direction d’une communauté. A l’intérieur de ces équipes pastorales, on a vu émerger, ça et là, la figure du coordinateur. Très souvent il s’agit d’une femme. Mais aujourd’hui, dans certains cas, le/la coordinateur/trice de l’équipe pastorale est devenu(e) coordinateur/trice de l’Unité pastorale, parce qu’il y a moins de prêtres en capacité d’être curé. Il y a encore tel ou tel prêtre disponible, mais qui, à cause de l’âge, de la maladie, d’autres engagements, n’est plus en mesure d’accepter la mission de curé, c’est-à-dire de pasteur de la communauté, pour présider la communauté et son eucharistie.

La figure du coordinateur pastoral est une solution qu’il faut encourager, mais qui a aussi ses limites. Si on devait généraliser cette formule, on irait vers la dissociation de quelque chose qui, en principe, ne peut pas être dissocié, à savoir le lien entre présidence de la communauté et présidence de son eucharistie. Le prêtre devient alors uniquement « l’homme de la messe », et on risquerait de ne plus le comprendre comme celui qui préside la communauté.

D’autres solutions existent, comme le recours à des « prêtres venus d’ailleurs », ou à certains diacres permanents. 

En ce qui concerne les « prêtres venus d’ailleurs », le défi est de construire le « nous » du presbyterium (les prêtres d’un diocèse, ndlr.). Les prêtres venus d’ailleurs peuvent être une chance, mais il faut les insérer, les accueillir de sorte qu’ils trouvent leur place, avec nous, dans l’Eglise locale, avec le discernement qui s’impose.

Quant aux diacres, il est possible que, dans certains cas, ils puissent assumer un rôle de direction. Mais si tous les diacres devaient assumer un tel ministère, il faudrait alors qu’on les ordonne prêtres. Car en principe leur ministère n’est pas de présider la communauté. On risquerait alors d’aller vers la disparition du diaconat permanent, qu’on a rétabli après Vatican II, alors que le diacre a déjà du mal à trouver sa place comme le serviteur qui entraîne la communauté et tous les fidèles, prêtres compris, dans l’apprentissage du service comme le Christ.

Propos recueillis par Christophe HERINCKX

Alphonse Borras, « Quand les prêtres viennent à manquer – Repères théologiques et canoniques en temps de précarité », Editions Médiaspaul, 2017, 205 pages

> Lire l’interview complète dans le journal Dimanche n°12 du 26 mars 2017 – S’abonner à Dimanche

Source: www.cathobel.be