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Armand Veilleux. Eglise et société en sortie

Publié le

 

Le confinement social actuel, dont il faut sortir, nous amène à réfléchir sur plusieurs autres formes de « sortie » devenues essentielles.

 

Église et société en sortie

Le confinement adopté par la plupart des pays frappés par le COVID 19 pour contrer la dissémination du virus, est une situation provisoire qui affecte tous les aspects de la vie sociale, économique, religieuse et même familiale. Il faudra bien en sortir un jour. 

 

Dans l’Évangile, Jésus se présente comme le bon pasteur qui frappe à porte du bercail. Lorsque le portier lui ouvre, il appelle chacune de ses brebis et les fait sortir. De même dans le Livre de l’Apocalypse, Jésus frappe à la porte. Le sens premier est qu’il frappe de l’extérieur pour pouvoir entrer. Cependant le cardinal Jorge Mario Bergoglio, lors de la troisième des quatre congrégations générales qui précédèrent le conclave où il fut élu pape, commentait ce texte d’une façon originale : « Je pense aux moments où Jésus frappe de l’intérieur pour que nous le laissions sortir. L’Église autoréférentielle prétend retenir Jésus-Christ à l’intérieur d’elle-même et ne le laisse pas sortir. »

 

Tension entre foi et religion

Dans les religions anciennes, y compris dans l’Ancien Testament, les hommes cherchaient le salut à travers une activité religieuse. Jésus a réuni autour de lui une communauté de foi et a envoyés ses disciples porter la bonne nouvelle du salut à toutes les nations, manifestant leur foi à travers un amour de Dieu et du prochain exprimé dans leur vécu. Cette communauté de fidèles se donna ensuite une structure religieuse – sacramentelle et administrative – pour poursuivre sa mission. Il y a là une relation délicate entre foi et religion, qui fait dire à Marcel Gauchet que le christianisme est « la religion de la sortie de la religion ». Au cours des siècles, cependant, la dimension « religieuse » a pris la part du lion.

 

L’impossibilité depuis quelques mois de célébrer dans les églises, en tant que peuple de Dieu, les gestes sacramentels les plus essentiels oblige à repenser la relation entre la foi et son expression religieuse. Les diverses révolutions des derniers siècles ont confiné ( ! ) la pratique religieuse dans des gestes posés entre les murs d’édifices religieux. Les événements récents nous rappellent brutalement que la pratique de la foi est d’abord une vie de tous les jours conforme à l’amour, à la vérité et à la justice. Les gestes religieux sont là pour nourrir et exprimer cette foi pratique d’un peuple de croyants. Ces événements nous redisent le même message que le pape François ne cesse de répéter depuis sept ans : un appel à sortir vers les périphéries pour y vivre le message évangélique. 

 

Sortir d’un engrenage économique destructeur

Dans l’ordre économique et social, tous ceux qui réfléchissent sur l’évolution de l’humanité nous rappellent que la pandémie actuelle a été rendue possible par une forme de mondialisation qui a ignoré les valeurs humaines fondamentales d’équité, de responsabilité et de justice. On peut lire dans la crise actuelle un appel à sortir, avant qu’il ne soit trop tard, d’une post-démocratie ultralibérale qui a rompu tous les équilibres, afin de pouvoir rebâtir notre maison commune dans l’harmonie primordiale, à travers une écologie globale.

 

Il est sans doute vrai qu’après la crise actuelle rien ne sera plus comme avant. Cependant, Il dépendra de chacun de nous que l’humanité – et l’Église – se replient sur des rêves brisés ou sortent de leurs carcans autoréférentiels. Ou bien nous continuerons de détruire l’univers, en voulant le dominer et l’utiliser de façon égoïste, ou bien nous sortirons de ce cercle infernal pour vivre dans une harmonie globale avec Dieu, entre humains de toutes races et religions ainsi qu’avec l’univers animal et végétal, et l’ensemble du cosmos. 

Paul de Tarse parlait de la nature tout entière gémissant dans les douleurs de l’enfantement, attendant la pleine révélation des fils de Dieu. Nous pouvons percevoir ce gémissement dans la pandémie actuelle.

 

Armand Veilleux

 

 

Article à paraître dans le journal L'Appel du mois de juin 2020