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L'éditorial du Doyen Philippe Goffinet.

Publié le

Au moment où j’écris ces lignes, le gouvernement « Vivaldi » est dans sa dernière ligne droite. Mais l’opposition flamande a déjà serré les rangs et manifesté sa colère pour dénoncer l’usurpation démocratique de cette formation qui laisse en rade la N-VA, le plus grand parti du nord du pays. Il ne faudrait pas oublier que l’attelage pressenti PS et N-VA a explosé en plein vol et que les explorateurs, préformateurs, formateurs, éclaireurs et autres démineurs ont déjà essayé toutes les couleurs de l’arc-en-ciel pour tenter de doter notre pays d’un gouvernement  fédéral de plein exercice. Nous battons tous les records européens si pas mondiaux ! Gageons que le bon sens l’emportera car la Belgique, comme tous les pays du monde, doit relever des défis majeurs que la pandémie a révélés avec une nouvelle acuité.

Les évêques de Belgique ont publié ce WE un texte très fort en s’adressant aux formateurs du gouvernement fédéral. Une initiative peu habituelle car nos évêques sont en général très discrets en période de formation gouvernementale. Mais, à leurs yeux, la situation actuelle demande des décisions politiques urgentes, courageuses et responsables. 

Voici le texte  du Mémorandum daté du 26 septembre :

La solidarité doit être la base de la société de demain. Vivre autrement est devenu un nouveau concept. S’agit-il de belles pensées en temps de pandémie ou d’actions réfléchies qui nous changent intérieurement ? Car « autrement » signifie « changement ». Il ne suffit pas de respecter les règles de prudence, il faut faire surgir la question du sens de la vie ! Notre peur est quelque peu maitrisée ; alors nous sommes tentés de relâcher les efforts longuement consentis ; et pourtant notre responsabilité citoyenne est plus que jamais engagée.

 

Notre préoccupation va d’abord vers les plus fragiles, les malades et ceux qui les soignent,

  • vers les personnes qui se sentent seules, ne reçoivent plus de visite et ne savent pas comment continuer à vivre,
  • vers les membres des familles qui vivent dans l’incertitude, car ils ne savent pas s’ils vont garder leur emploi,
  • vers les gens en situation de pauvreté, qui souffrent du fossé qui continue à se creuser entre riches et pauvres
  • vers les jeunes désemparés et sans perspectives,
  • vers les demandeurs d’asile qui cherchent à être accueillis et qui viennent de pays en guerre où ils sont menacés, discriminés, abandonnés ou sans espoir de survie,
  • vers les pays souffrant de la faim et de la pauvreté extrême, qui comptent plus que jamais sur notre aide au développement,
  • vers les responsables politiques et économiques, qui tentent de chercher une riposte adéquate à cette pandémie imprévisible.

 Nous demandons

Dans cette crise totale qui touche chacune et chacun dans tout l’univers, et qui fait vaciller tous les équilibres et les projets,

Nous osons demander, avec tous les hommes et femmes de bonne volonté,

  • -qu’on mette à l’avant-plan le respect et l’épanouissement de chacun, jeunes et vieux, hommes et femmes.
  • Que la vie soit respectée, dans ses dimensions écologique, sociale, économique et éthique, à toutes ses étapes, en particulier la vie qui va naître et celle qui s’en va. 
  • Que les citoyens puissent vivre des valeurs de solidarité qui donnent sens à leur vie et qu’ils aient l’occasion de faire l’expérience d’une vie spirituelle qui les arme contre les épreuves,  même s’ils sont plongés dans des drames humains.
  • Que la solidarité avec les gens en situation de pauvreté soit une pierre angulaire dans tous les choix et décisions politiques.

Tout cela relève de la mission des cultes reconnus, dont fait partie l’Église catholique. Il y a incontestablement une soif spirituelle chez nos contemporains.  Il faut donc intensifier le dialogue permanent avec les responsables de tous les cultes pour le plus grand bien de tous. Nous nous y engageons pour notre part. Comme précédemment, il serait bon que le gouvernement réunisse tous les cultes et la laïcité une fois par an pour traiter de certains sujets importants.

 

Notre espérance

Notre vivre ensemble est blessé gravement par la pandémie. Nous en avons fait et en faisons l’expérience jour après jour. Dieu sait si l’humanité a plus que jamais besoin d’espérer et d’aimer.

Dans nos rencontres avec les autres, nous devons garder les distances, mais notre souci pour les autres doit être sans frontières !  

Nous osons vous demander de prendre prioritairement des décisions qui donnent sens à la vie et qui, dans le respect des convictions de chacun, permettront de « vivre autrement ».

Tout en « maintenant les distances », nous serons à vos côtés…

 

Les évêques de Belgique