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L'éditorial de Philippe Goffinet.

Publié le par Philippe Goffinet

L'éditorial de Philippe Goffinet.

L’incertitude quant à l’avenir est devenu notre quotidien. Et chaque jour qui passe apporte son lot de contraintes. Nous espérions tous que la situation irait en s’améliorant après une longue période de confinement et nous voilà déjà au cœur d’une deuxième vague de contaminationau coronavirus. Nos gouvernants ont quelque peine à gérer la grave crise que nous traversons car la situation est inédite et évolue de jour en jour. Nos hôpitaux sont déjà au bord de l’explosion et le personnel commence à manquer. Par ailleurs des catastrophes économiques et sociales se profilent déjà et les instances politiques à tous les niveaux de pouvoir sont sollicitées pour aider financièrement les secteurs en crise. Mais les ressources ne sont pas inépuisables et il faudra financer l’endettement. Et puis nous venons de vivre des divergences importantes entre les communautés et les régions quant aux mesures sanitaires et sociales à observer. Tout cela sur la même journée où le matin Mr De Croo appelait à l’unité nationale, le soir Mr Di Rupo faisait entendre le son de cloche plus répressif de la Wallonie, la région de Bruxelles  Capitale embrayait le lendemain avec des mesures encore plus contraignantes et la Flandre attendait les résultats des premières mesures.  Sans parler de la cacophonie à propos des écoles. Quoiqu’il en soit l’épidémie est là et  elle touche maintenant toutes les couches de la population et on commence à la vivre dans les familles. Les consignes sont claires : limiter au maximum les déplacements non essentiels et surtout les contacts. Il ne s’agit pas seulement d’obéir à des règles sous peine de sanctions (ce serait de l’infantilisme), mais d’assumer ses responsabilités : prendre  soin de soi ET prendre soin des autres. Ce n’est pas le moment de chipoter avec les règles comme on en a malheureusement l’habitude en Belgique ! Mr Van Laethem l’a souligné non sans une certaine lassitude : Les vacances de Toussaint seront peut-être « le moment ou jamais de découvrir le bouton pause de notre tableau de bord personnel. »

 

L’actualité qui agite nos médias est tournée vers les Etats-Unis d’Amérique qui vont élire leur président. Nous venons de vivre une campagne électorale désastreuse qui laisse l’Amérique profondément divisée et le monde inquiet quant à la capacité des Etats-Unis à faire face aux défis énormes qui agitent notre planète. Qu’on le veuille ou non, elle reste la première puissance mondiale et les décisions qu’elle prend  (ou ne prend pas) ont un retentissement sur l’ensemble de l’humanité. Avec le pape François, l’Eglise catholique a fait œuvre prophétique en publiant le 3 octobre dernier l’encyclique Fratelli Tutti.  Dans le contexte de ces élections et des autres crises de notre monde – en Turq

uie, au Yémen, en Iran, en Chine, en Ukraine, en Corée du Nord, dans le Haut-Karabakh…-, cette publication arrive à son heure. Le pape  n’hésite pas à dénoncer l’individualisme, le populisme et le néolibéralisme contemporain qui constituent « les ombres d’un monde fermé ».  Et de poser la question : « Que signifient aujourd’hui des termes comme démocratie, liberté, justice, unité ? Ils ont été dénaturés et déformés pour être utilisés comme des instruments de domination ». Selon lui, le monde actuel connaît une période de repli sur soi et de xénophobie, dont les premières victimes sont les pauvres. Dans une longue méditation sur la parabole du bon samaritain, il fait rebondir la question qui est au cœur de ce récit : « Lequel d’entre eux s’est fait le prochain de l’homme tombé aux mains des brigands ? » C’est ce que le pape appelle « l’amitié sociale » qui a permis au samaritain « d’interrompre son voyage, de changer de projet, d’être disponible pour s’ouvrir à la surprise de l’homme blessé qui avait besoin de lui ». Pour parvenir à « l’amitié sociale et la fraternité universelle », explique François, il faut « réaliser combien vaut un être humain, combien vaut une personne, toujours et en toutes circonstances ». Tout homme « a le droit de vivre dans la dignité » et si « ce principe élémentaire n’est pas préservé, il n’y a d’avenir ni pour la fraternité ni pour la survie de l’humanité ». Ce rappel est l’occasion pour le pape de dénoncer ceux dont l’attitude revient à considérer certains, à commencer par les migrants, comme « dotés de moins d’humanité ». François juge « inacceptable que des chrétiens partagent cette mentalité et ces attitudes, faisant parfois prévaloir certaines préférences politiques sur les convictions  profondes de leur foi. » François préfère jeter des ponts entre les hommes que de dresser des murs ! Cette fraternité est essentielle pour construire la paix « un artisanat qui nous concerne tous et une tâche sans répit. » Et le pape de préciser : « La paix n’est pas seulement l’absence de guerre, mais l’engagement inlassable – surtout de la part de nous autres qui exerçons une charge liée à une plus grande responsabilité – de reconnaître, de garantir et de reconstruire concrètement la dignité bien des fois oubliée ou ignorée, de nos frères. »  

Ses détracteurs ont déjà crié au scandale en classant François suppôt de Satan ou comme homme de gauche… surtout depuis que l’encyclique a été chaleureusement accueillie par Jean-Luc Mélanchon, le leader de la « France insoumise ». Mais le pape n’en a cure et il continue courageusement à proclamer l’évangile à temps et à contretemps pour que celui-ci puisse apporter sa contribution à la construction d’une fraternité universelle.

Philippe Goffinet