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Baptême du Seigneur

Publié le par Philippe Goffinet

 

Icône du baptême de Novgorod 15èmesiècle

 

Avec le baptême de Jésus et le symbolisme de l’eau présent dans les trois lectures de cette fête, la liturgie nous offre une catéchèse du baptême chrétien qui manifeste (nouvelle épiphanie) notre identité profonde de fils et de filles bien-aimés du Père et nous invite à rendre compte de l’espérance qui est en nous pour en témoigner aujourd’hui.

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jean le Baptiste proclamait : « Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi ;
je ne suis pas digne de m’abaisser pour défaire la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. »

En ces jours-là, Jésus vint de Nazareth, ville de Galilée, et il fut baptisé par Jean dans le Jourdain.
Et aussitôt, en remontant de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe. Il y eut une voix venant des cieux : « Tu es mon Fils bien-aimé ;en toi, je trouve ma joie. »

 

Pour entrer dans cette catéchèse, je vous propose de lire ensemble cette icône russe du baptême de Jésus qui déploie en image toute la richesse du mystère chrétien. Chaussez vos lunettes car le plus important se cache souvent dans les détails !

 

Sur cette icône, Jésus est nu (sur d’autres on l’a habillé d’un pagne !). Il est né nu sur la paille d’une mangeoire, il mourra nu sur la croix et son corps dénudé sera enveloppé de bandelettes et déposé dans un tombeau. Il partage entièrement la condition humaine. Jésus est debout et se dirige vers Jean le baptiste. C’est comme une traversée de la mort symbolisée par l’eau vers la vie. Il est baptisé dans le Jourdain. Ce lieu est chargé de sens ! C’est en traversant ce fleuve que le peuple de Dieu est entré en Terre promise avec Josué, une traversée qui n’est pas sans rappeler celle de la mer rouge avec Moïse. Le baptême de Jésus est à comprendre comme un nouvel exode, un passage de l’esclavage à la terre de liberté, de la mort à la vie. Ce que Jésus réalisera pleinement dans sa mort et sa résurrection (son passage, sa Pâque). C’est aussi le sens de notre baptême.  LeJourdain est représenté dans une grotte obscure qui rappelle celle de Bethléem et celle du tombeau. En y regardant de plus près, nous pouvons voir dans l’eau des poissons. Le mot poisson en grec se dit « icthus » et devient comme une profession de foi en Jésus (Ièsous) Christ (christos), Fils de Dieu (theou uios), Sauveur (sôter). Par sa mort et sa résurrection annoncées dans son baptême, Jésus est reconnu comme le Sauveur. Le poisson est donc un symbole baptismal. Car en plongeant dans l’eau, Jésus a vaincu le mal et la mort symbolisés par ces petits êtres qui s’agitent dans l’eau autour des poissons. Ils sont terrorisés par la force du courant de vie dont parle Ezéchiel : « …cette eau (qui vient du Temple donc de Dieu) coule vers la région de l’orient, elle descend dans la vallée du Jourdain et se déverse dans la mer Morte dont elle assainit les eaux…en tout lieu où parviendra le torrent, tous les animaux pourront vivre et foisonner. Le poisson sera très abondant, car cette eau assainit tout ce qu’elle pénètre… » (Ez 47, 8-9). Jean le Baptiste, debout à gauche, baptise Jésus [dont la tête est ornée d’un nimbe crucifère (cercle lumineux ici orné d’une croix rouge rappelant à la fois la pourpre royale et le sang du supplice)] par le geste de l’imposition de la main (le même que celui du baptême). Le ciel s’est déchiré pour laisser descendre l’Esprit Saint qui se donne à voir au-dessus de la tête du Christ. C’est sa force qui permet à tous les baptisés de lutter contre les forces du mal et les fait passer de la mort à la vie.  Le ciel déchiré permet aussi à la voix du Père ( car on ne peut voir son visage) de retentir : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi je trouve ma joie. ». Une parole qui s’adresse aussi à tous les baptisés.  A droite, les anges,[s’ils ne sont pas mentionnés dans les évangiles à ce moment-là, ils sont présents à la fin de son séjour dans le désert : « Alors le diable le quitte. Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient » (Mt 4,11)] se prosternent devant Lui et tiennent en main les vêtements du Christ, prêts à l’accueillir à la sortie des eaux. On peut y voir, là aussi, une allusion au rituel baptismal : « baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ ». De chaque côté du fleuve, des rochers arides s’élèvent formant des montagnes. Mais ils semblent se fissurer et s’ouvrir. L’eau qui redonne vie peut y pénétrer (ce qui dans l’icône se traduit par la présence de quelques petites plantes). Tout en bas à gauche, une plantule sort de terre. Elle rappelle la prophétie d’Isaïe : «  Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’esprit du Seigneur… » (Is 11, 1) – « Que la terre s’ouvre, produise le salut Moi le Seigneur je crée tout cela » (Is 45, 8).

 

Il est bon de se souvenir de notre propre baptême. Nous sommes appelés par notre prénom qui le porteur de notre identité humaine et reflète le choix de nos parents. Plongés dans l’amour du Père, du Fils et du Saint Esprit, nous devenons les enfants bien-aimés du Père «  en  qui il trouve sa joie ». Nous entrons dans la communauté des croyants pour prendre notre part de l’annonce de la bonne nouvelle. Lors de l’onction avec le saint chrême, nous sommes consacrés prêtres, prophètes et rois. Cette dignité baptismale, nous la réactivons à chaque eucharistie pour être envoyés et faire naître de nos mains et de nos cœurs ce Royaume de justice, de paix, d’amour et de tendresse pour lequel Jésus a donné sa vie.

 

Dans ce monde marqué par l’individualisme et le populisme qui s’exprime dans la violence, il est temps que les chrétiens se lèvent pour dire non à cette escalade et à ce mépris de nos démocraties si fragiles. L’insurrection de mercredi contre les institutions démocratiques des E.U,  à l’instigation du président de la première puissance mondiale qui refuse toujours sa défaite électorale,  est une alerte à prendre très au sérieux. Car des « trumpistes », il y en a aussi dans notre pays et en Europe, prêts à en découdre avec toutes les institutions et la presse accusée de tous les maux et à justifier toute forme de xénophobie (haine de l’étranger). Dans son Encyclique Fratelli tutti, le pape François avait déjà pointé du doigt ces dérives funestes qui sont incompatibles avec l’Évangile. « Que signifient aujourd’hui des termes comme démocratie, liberté, justice, unité ? Ils ont été dénaturés et déformés pour être utilisés comme des instruments de domination. » Selon lui, le monde actuel connaît une période de repli sur soi et de xénophobie, dont les premières victimes sont les pauvres. « Les groupes populistes fermés défigurent le terme “peuple”, puisqu’en réalité ce dont ils parlent n’est pas le vrai peuple ». Et de dénoncer de toute urgence un « populisme malsain » et « irresponsable »… « Parfois, on cherche à gagner en popularité en exacerbant les penchants les plus bas et égoïstes de certains secteurs de la population », redoute le pape. Le spectacle affreux auquel nous avons assisté devant nos écrans de télévision en est une bien pénible illustration.

Philippe Goffinet