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Troisième dimanche dans l’année et Semaine de prières pour l’unité des chrétiens

Publié le par Philippe Goffinet

 

Une Lettre a été envoyée cette semaine par tous les responsables de cultes en Belgique au Premier Ministre et au Ministre de la Justice pour leur demander de revoir la jauge de 15 personnes pour les célébrations.A juste titre, ils plaidaient pour que l’on tienne compte de la surface du lieu de culte comme cela a été la cas lors du déconfinement en juin pour déterminer le nombre de personnes à accueillir. Silence total à ce sujet lors de la conférence de presse de ce vendredi. Désespérant.

La semaine de prières pour l’unité des chrétiens est passée inaperçue cette année et  aucune célébration n’a pu être organisée. Avec le pasteur Quenon, le pasteur Maximin futur pasteur de Dinant, nous avons réalisé une émission de 30 minutes avec RCF Sud Belgique. Elle pourra être suivie sur leur site internet, mais j’ignore à quelle date. 

 

Je vous souhaite une belle fin de semaine.

 

Ph. Goffinet

 

 

Troisième dimanche dans l’année

Dans une Lettre apostolique Aperuit Illis du 30 septembre 2019, le pape François a choisi le 3ème dimanche du Temps ordinaire pour le dédier à la Parole de Dieu. « Consacrer de façon particulière un dimanche de l’Année liturgique à la Parole de Dieu permet, par-dessus tout, de faire revivre à l’Église le geste du Ressuscité qui ouvre également pour nous le trésor de sa Parole afin que nous puissions être dans le monde des annonciateurs de cette richesse inépuisable ». Ce n’est pas un choix anodin car ce dimanche tombe pendant la semaine de prières pour l’unité des chrétiens et « l’Écriture Sainte indique à ceux qui se mettent à l’écoute le chemin à suivre pour parvenir à une unité authentique et solide ».

 

La lecture et la méditation des Ecritures  ont apporté un ressourcement indispensable à notre vie chrétienne en l’absence de nos célébrations eucharistiques hebdomadaires pendant le confinement. Et en cette période où beaucoup n’ont pas encore repris le chemin des églises, l’accueil de la Parole de Dieu est une démarche spirituelle essentielle pour nourrir notre foi, solidifier notre espérance et rendre active notre charité. Ce n’est malheureusement pas encore un réflexe premier chez certains catholiques qui estiment que la liturgie de la Parole n’est qu’un apéritif qui prépare à la liturgie eucharistique. A la limite, on pourrait facilement faire l’impasse sur elle pour passer directement au plat principal ! Pourtant, dit François « la relation entre le Ressuscité, la communauté des croyants et l’Écriture Sainte est extrêmement vitale pour notre identité. Si le Seigneur ne nous y introduit pas, il est impossible de comprendre en profondeur l’Écriture Sainte. Pourtant le contraire est tout aussi vrai : sans l’Écriture Sainte, les événements de la mission de Jésus et de son Église dans le monde restent indéchiffrables. De manière juste, Saint Jérôme pouvait écrire : « Ignorer les Écritures c’est ignorer le Christ » (In Is., prologue : PL 24, 17)

 

En cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens, nous avons à apprendre de nos frères et sœurs protestants combien la Parole de Dieu est précieuse  et indispensable comme chemin de conversion vers Dieu et vers les frères.  « Il est donc bon, dit le pape,  que ne manque jamais dans la vie de notre peuple ce rapport décisif avec la Parole vivante que le Seigneur ne se lasse jamais d’adresser à son Épouse, afin qu’elle puisse croître dans l’amour et dans le témoignage de foi. »

 

 C’est dans cet esprit que je vous invite à accueillir la Bonne Nouvelle  de ce dimanche telle qu’elle nous est offerte dans l’évangile de Marc.

 

Après l’arrestation de Jean (Litt. Après que Jean eut été livré), Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ; il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »

Passant le long de la mer de Galilée, Jésus vit Simon et André, le frère de Simon, en train de jeter les filets dans la mer, car c’étaient des pêcheurs. Il leur dit : « Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. » Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent.

Jésus avança un peu et il vit Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans la barque et réparaient les filets. Aussitôt, Jésus les appela. Alors, laissant dans la barque leur père Zébédée avec ses ouvriers, ils partirent à sa suite.

 

Le texte liturgique ne rend pas ici toute la force évocatrice du mot « livré » qui va revenir de nombreuses fois dans l’évangile de Marc. Pour parler du destin de Jésus qui sera livré à la mort, mais aussi de celui de ses disciples qui seront eux aussi livrés  à la persécution. Jean subit ici le sort de tous les prophètes et il préfigure celui de Jésus et de ceux qui le suivront.  Les temps sont accomplis. Avec la disparition de Jean, une page se tourne dans l’histoire humaine au sein de laquelle Dieu déploie son projet d’alliance avec l’humanité. Mais une autre commence car nous touchons au but. Voilà qu’entre en scène celui en qui Jean avait vu l’accomplissement de la promesse : Jésus qui part pour la Galilée proclamer l’évangile (la bonne nouvelle) de Dieu.  La Galilée, cette terre méprisée par les purs et durs de Jérusalem, la Galilée des nations qui vit un judaïsme apaisé au sein d’une population où juifs et païens vivent en bonne entente. C’est là que Jésus proclame la bonne nouvelle de Dieu. Et Marc, dans un résumé saisissant,  nous en donne le contenu essentiel. Le règne de Dieu est tout proche (littéralement s’est approché). Au fil de l’évangile de Marc, nous découvrirons toute l’ambiguïté de cette expression qui laisse planer des relents très politiques et jette la confusion dans les esprits. Alors de quoi s’agit-il au juste ?  En lien avec le baptême de Jésus où Marc nous dit que « les cieux se sont déchirés », nous avons compris que la terre et le ciel sont à nouveau sur la même longueur d’onde : la communication est rétablie. Mais c’est Dieu qui reprend l’initiative, comme il le fait depuis le début de l’histoire sainte : Dieu s’approche de l’humanité en la personne de Jésus. C’est un don qu’il nous fait, celui de sa présence aimante. Il s’agit donc de l’accueillir en nous tournant vers lui (convertissez-vous). Cette conversion n’est pas d’abord morale. Se tourner vers Jésus, c’est croire à la bonne nouvelle  c’est-à-dire croire que la nouvelle est bonne ! Le contenu de cette joyeuse et heureuse nouvelle c’est la personne même de Jésus, dans sa parole, ses gestes, ses rencontres et le don total de sa vie sur la croix par amour pour cette humanité qu’il assume totalement et à laquelle il ouvre un avenir au matin de Pâques. En Jésus, Dieu continue son œuvre libératrice.

 

Le premier acte que Jésus pose est d’appeler des disciples en passant le long de la mer de Galilée. Ce récit est bien différent de celui de Jean que nous avons médité la semaine dernière où tout s’est joué sur  des échanges de regards, en commençant par celui de Jean le baptiste qui passe le relais, et dans une série de rencontres.

 

Le récit de Marc est vif. Jésus prend l’initiative de l’appel : Venez à ma suite . Un appel direct et décisif à mettre leurs pas dans les siens, ce qui est la définition même du disciple. Ils sont rejoints dans leur profession de pêcheurs du lac. Jésus ne les a pas choisis parmi les élèves des grandes écoles de Jérusalem. Leur réponse est immédiate (aussitôt)  et Marc ne s’embarrasse pas de détails psychologiques. Il y a urgence à suivre Jésus, car ces hommes sont appelés à collaborer dès maintenant à l’oeuvre libératrice que Jésus inaugure (le règne de Dieu s’est approché). Et celle-ci ne souffre aucun retard. Ils laissent donc leurs outils de travail (les filets) ou leur père et ses ouvriers pour partir à sa suite.

 

Pour nous aujourd’hui, un tel récit a quelque chose de déroutant. Mais je voudrais en souligner deux éléments qui restent d’actualité. Jésus, dès le début, s’est entouré de collaborateurs qu’il associe à sa mission libératrice. Et il est bon de s’en souvenir aujourd’hui en ravivant la grâce de notre baptême qui nous invite à être semeurs de la joyeuse nouvelle là où nous vivons. Et de vivre cette grâce en Eglise et en communion avec les chrétiens des autres confessions qui sont, elles aussi, porteuses de cette joyeuse nouvelle. Ensuite, il y a urgence à  proclamer et à faire vivre cette bonne nouvelle dans une société où la recherche de sens et de spiritualité n’est pas honorée. Nous ne le percevons que trop dans cette pandémie qui nous accable tous. La question urgente n’est pas de savoir si nous pourrons partir en vacances ou pas au Carnaval. Mais elle est celle de savoir si nous sommes prêts à payer de notre personne, là où nous vivons, pour que soit possible une société plus juste et plus fraternelle où chacun pourra trouver des raisons de vivre et d’espérer.

 

Philippe Goffinet