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Qu'allons-nous faire de nos églises?

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Le patrimoine est décidément un sujet à la mode dans le diocèse de Namur.

Après la mise en place du service ''Art, Culture et Foi'', après le lancement d’une campagne de sensibilisation des fabriques d’église à inventorier leurs objets religieux, c’est l'équipe du Chantier Paroissial qui vient de consacrer sa traditionnelle journée de mars à ce thème.

Samedi dernier, avec Christian Pacco, les participants ont réfléchi à l’avenir des églises.

Qu'allons-nous faire de nos églises?
La Belgique compte pas moins de 4.500 églises et chapelles, dont 900 situées dans les provinces de Namur et de Luxembourg. Du fait du travail en cours de remodelage paroissial, du fait du changement des habitudes religieuses de nos contemporains, du fait aussi des difficultés financières rencontrées par bon nombre de pouvoirs publics… certains lieux de culte ont aujourd’hui un avenir incertain. Dans notre diocèse, on estime à environ 200 le nombre d’églises qui resteront affectées à la célébration liturgique suite à l’installation des unités pastorales. Si l’on y ajoute les 200 édifices classés pour leur intérêt patrimonial, on peut légitimement penser que 400 églises de chez nous ont un avenir assuré. Mais pour les 500 autres?
Tout le monde connaît ces exemples d’églises – généralement non paroissiales – brillamment reconverties en centres culturels, en librairies, en hôtels… Des réussites, certes, mais impossibles à transposer partout. Se pose dès lors une question bien légitime: pourquoi et comment conserver nos églises et notre patrimoine?


Mission pastorale et patrimoine

Pour son habituelle journée de rencontre et de partage d’expériences, l’équipe du Chantier Paroissial avait habitué les participants à des thématiques en apparence plus ''fondamentales'': le souffle missionnaire, l’évangélisation, le rôle des laïcs… Autant de sujets qui illustrent le renouveau global de l’Eglise et l’indispensable travail de conversion qui l’accompagne.
Dans son mot d’introduction, samedi dernier à Beauraing, l’abbé Pascal Roger, délégué épiscopal pour le Chantier Paroissial, a justifié le thème un rien plus pratique de cette septième édition en rappelant que la mise en place des unités pastorales ne cherchait pas à faire table rase du passé. ''Un tel processus nécessite une analyse en profondeur des réalités locales de nos paroisses. Et les églises en sont les principaux témoins. Ce sujet de la préservation de notre patrimoine est donc aussi du ressort du Chantier Paroissial, d’autant que la mission pastorale s’accompagne inévitablement de questions matérielles'', a-t-il expliqué.
Puis c’est Christian Pacco, historien de l’art, membre du service ''Art, Culture et Foi'' (ACF) et bon connaisseurs des fabriques d’église qui a pris la parole pour deux interventions entrecoupées d’ateliers et de moments de partage. Aux très nombreuses personnes présentes, venues de tout le diocèse, Christian Pacco a voulu d’abord montrer en quoi le patrimoine religieux avait du sens. Puis il a proposé des pistes d’actions, sachant que les réflexions du jour étaient spécifiques au diocèse de Namur: ''Le problème n’est pas forcément le même ailleurs'', a-t-il précisé.


De bonnes raisons de se soucier du patrimoine

On entend souvent dire qu’il n’y a plus personne dans nos églises. Pour Christian Pacco, ''c’est un raccourci un peu rapide''. S’il y a moins de monde à la messe, une récente enquête du Soir montre que 63 % des Belges francophones se disent toujours catholiques. Et l’orateur de poursuivre: ''Il suffit de voir le nombre de cierges brûlés dans les églises ou dans les sanctuaires pour constater que ces autres expressions de piété ne peuvent être négligées.'' Ces ''pratiquants'' d’un nouveau style justifient aussi de préserver des lieux d’expression de la foi. Et la conclusion est la même quand on se plonge dans l’histoire de nos régions: ''Le christianisme a marqué la vie des villageois durant des siècles; les églises de nos paroisses conservent aujourd’hui une charge symbolique qui ne se démode pas, elles sont la mémoire collective de ce que nos aïeux ont vécu et, par la même occasion, elles identifient nos communautés actuelles, d’où l’intérêt de les protéger: l’esprit de clocher est toujours une réalité.''
Christian Pacco a encore évoqué la culture chrétienne, ''une culture en danger et pourtant tellement essentielle pour comprendre qui nous sommes et entrer en dialogue avec les autres traditions. Le patrimoine religieux en est un support majeur. Se battre pour nos églises c’est aussi œuvrer pour la transmission de la culture chrétienne.''
Enjeu historique, enjeu culturel… enjeu spirituel aussi: ''Le christianisme insiste sur l’importance des sens. Dit d’une autre façon: la beauté mène à Dieu. Contempler une œuvre d’art, admirer l’architecture d’une église romane suscite la réflexion, la recherche de sens. Le patrimoine est donc essentiel car il raconte le mystère de Dieu, il répond au besoin de sacré des hommes et des femmes du monde.''


Que faire? Comment?

Tout au long de ses interventions, Christian Pacco a souligné que l’avenir de nos églises dépendait de chacun: ''Nous sommes tous responsables: acteurs pastoraux, fabriciens, communauté locale… en lien avec le Chantier Paroissial, le service ACF, d’autres pastorales diocésaines (jeunes, catéchèse, tourisme) et évidemment les communes…'' Pour le reste, il n’y a pas de solution miracle, il n’y a pas de politique bien définie, les églises de demain doivent encore se trouver un rôle et les solutions se décider au cas par cas.
Christian Pacco s’est tout de même risqué à quelques pistes, quelques conseils basés sur sa propre expérience et ses contacts avec le Chantier Paroissial. Et tout d’abord: ''Que les fabriques d’église travaillent ensemble et s’associent au sein de groupes d’entraide (GEFE). On est plus fort quand on centralise, par exemple, des demandes de réparation de toitures.'' Autre recommandation: ouvrir les églises en journée. ''Trop souvent, nos églises sont devenues des coffres-forts. Pour assurer leur avenir, elles doivent redevenir des lieux visibles de la présence de Dieu.'' Ce qui passe par une sécurisation des bâtiments, un inventaire rigoureux des objets susceptibles d’être volés et la mise à l’écart de la ''bibeloterie'' inutile: ''N’oublions jamais que l’objectif final est la présence de Dieu dans l’édifice.'' Et si l’on veut contribuer à rendre l’église accueillante, de petits détails peuvent y contribuer: une musique de fond en journée, un local à bougies, un carnet d’intention, des prières déposées dans le porche, un panneau didactique réalisé en collaboration avec le cercle d’histoire local, une mini-expo proposant de l’information (touristique, culturelle, naturelle…) sur la région (cf. projet d’église ''halte rando'' dans la région de Dinant).
Que nos églises doivent rester des lieux de prière, c’est un fait. Mais elles peuvent devenir également (si ce n’est encore le cas) des lieux d’accueil, de réunion, de pause, d’intimité, de quiétude… des lieux vivants et joyeux, des lieux historiques, chargés d’expériences spirituelles et sociales, à restituer à la communauté. La tâche est immense et nécessitera créativité et énergie. Christian Pacco et les membres du Chantier Paroissial en ont donné un premier aperçu.
A.S.


Pour contacter l’équipe du Chantier Paroissial: 
chantierparoissial@namur.catho.be.
Source: namur@diocese.be

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« La spiritualité peut-elle guérir notre monde ? » – Frédéric Lenoir

Publié le par RivEspérance

« La spiritualité peut-elle guérir notre monde ? » – Frédéric Lenoir

« Il faut en revenir à la simplicité de l’essentiel », tel est sans doute le message de Frédéric Lenoir lors de RivEspérance 2016. Cet essentiel ne se trouve pas dans les rites et les dogmes des religions, qui ne sont que des moyens, mais dans la spiritualité. Évocation de la pensée d’un homme qui se veut le héraut de l’essentiel.


Frédéric Lenoir, né en 1962 à Madagascar, est philosophe, sociologue, conférencier et écrivain français, animateur de l’émission Les racines du ciel sur France Culture depuis 2009. Ancien rédacteur en chef du Monde des religions, auteur d’une quarantaine d’ouvrages, traduits en plus de vingt langues, il a codirigé trois encyclopédies.


Les premières traces de religion apparaissent avec les tombes, il y a 100 000 ans. Les défunts sont enterrés dans la position fœtale, la mort étant associée à une renaissance possible. Des objets de chasse, de la nourriture étaient placés à côté d’eux pour qu’ils puissent survivre dans l’au-delà. « Si la mort n’existait pas, les religions n’existeraient pas non plus », affirme sans hésiter Frédéric Lenoir.

Du paléolithique au néolithique

La religion fut d’abord chamanique ou animiste. L’être humain se sent inséré dans la nature et pense que tous les êtres, sans hiérarchie, sont habités par un esprit. On vénérait la nature, un monde enchanté, qui avait une aura magique. Tout était signe de quelque chose de transcendant. Le chaman était l’intermédiaire avec ce monde invisible.
Entre 12000 et 5000 ans avant notre ère, l’humanité a connu le passage du paléolithique au néolithique. Elle s’est sédentarisée. La religion a évolué avec ce changement de mode de vie. L’homme se donnait une sécurité alimentaire et ne dépendait plus totalement des caprices de la nature, qui s’en trouvait désacralisée. C’est l’époque de la création des dieux et des déesses aux fonctions utiles. Le but de la religion, rappelle notre historien, est de créer du lien tant dans la dimension verticale avec les dieux qu’horizontale avec les autres. Créer du lien avec un invisible, en effet, cimente le lien à l’intérieur de la communauté. Pharaon était un dieu et faisait le lien entre le politique et les divinités.
Le chaman devait éprouver le sacré en entrant en transe. Avec le néolithique, on entre dans une religion davantage sacrificielle. Il s’agit de faire du sacré par le sacrifice, afin d’obtenir la protection des dieux et maintenir l’ordre du monde. Apparaît alors une hiérarchie et, au sommet de tout, il y a un dieu supérieur. Il fut d’abord une déesse, car on vénérait la femme qui donnait la vie. L’homme, au sens masculin du terme, a ensuite pris conscience de son pouvoir dans la procréation et a pris le pouvoir. La société devenait patriarcale, et les hommes se chargèrent de l’organisation, notamment en religion.

Polythéisme, hénothéisme, monothéisme

Dans cet univers, petit à petit, on est passé du polythéisme à l’hénothéisme, chaque peuple ayant son dieu, que ce soit Amon ou Zeus. Puis, petit à petit, selon un processus de rationalisation, on en est arrivé au monothéisme : notre dieu n’est pas seulement le nôtre, mais celui de l’univers tout entier. Ses attributs étaient masculins.
Ces religions, hélas, vont se scléroser, devenant une affaire politique. Mais au cours du dernier millénaire avant notre ère apparaissent des personnages ayant fait une expérience de la transcendance. Ce sont les Zoroastre, Confucius, Bouddha, Socrate, et les prophètes de la Bible. Ils vont spiritualiser la religion. Même un « sans caste » peut faire l’expérience de Dieu. Le but est la transformation de l’être humain. Ils contestent dès lors la manière dont elles étaient vécues. Ils cherchent à conjuguer leur héritage antique et la dimension mystique, la spiritualité. Celle-ci se situe au niveau du cœur, dans une relation d’amour avec la divinité. Jésus n’a pas voulu fonder une religion, mais réformer le Judaïsme. En témoigne son dialogue avec la Samaritaine : « Dieu est esprit » : ce qui compte c’est la relation que vous avez avec Dieu et non pas le culte que l’on peut rendre sur telle ou telle montagne, celle de Jérusalem ou celle du Mot Garizim.
Du coup, sacrifier, c’est offrir son ego, s’ouvrir au divin qui est en soi. « Le sacrifice qui te plaît, c’est un ego brisé » pourrait-on traduire le psaume 51. La spiritualité est en effet une démarche personnelle, née à l’intérieur des religions. Il s’agit de se transformer pour davantage d’amour de soi et de l’autre, de lâcher l’ego – qui n’est pas notre identité la plus profonde – pour la part divine en nous. – « C’est le Christ qui vit en moi », disait Saint Paul. – Ici se rejoignent les mystiques orientales et occidentales…

La trahison du message

Le prophète de Galilée a opéré un retour vers la spiritualité. Il a voulu réformer le judaïsme en invitant à dépasser tout l’aspect extérieur et à travailler à la transformation de l’être humain qui veut ressembler à Dieu. Durant trois siècles, ses disciples furent persécutés. Quand l’Empire romain reconnut le christianisme, ceux qui avaient encore soif de spiritualité partirent au désert. Vers 380, en effet, Théodose chercha à baser son empire sur la religion chrétienne et se mit à persécuter les autres religions. L’essence même du christianisme en était étouffée, le politique redevenant l’essentiel. Or, selon Marcel Gauchet, le christianisme est précisément la religion de la sortie de la religion, car il nous libère de la religion en tant qu’institution placée au-dessus de la spiritualité. On a sans doute besoin de s’appuyer sur les rites, les sacrements, se rattacher à une communauté pour prier avec d’autres, mais tout ceci n’est que moyen au service d’une fin. Rien n’est indispensable, tout est seulement utile.
L’Eglise fut trop heureuse que cessent les persécutions et elle s’installa, se protégea. Ses grands penseurs en arrivèrent même à justifier l’Inquisition, ainsi saint Thomas d’Aquin. L’Eglise aurait-elle trahi l’Évangile ? Kierkegaard le pensait. Il n’y aurait certes pas eu de révolution des droits de l’homme si l’Europe n’avait pas été chrétienne. Les deux sources de ceux-ci sont en effet la pensée grecque et l’Évangile. Mais, hélas, pour retrouver l’Évangile, il a fallu tourner le dos à l’Eglise qui l’avait quitté.
Et Frédéric Lenoir de confesser son admiration pour François, le plus anticlérical d’entre les cardinaux ! « Son élection est un miracle! » Pour ce pape, l’Eglise n’est pas une douane, elle doit accueillir tout le monde. Cette révolution douce avait déjà commencé avec le Concile Vatican II.

La spiritualité nous sauvera

C’est la spiritualité qui va sauver la religion du fanatisme religieux. Tel est le propos de tous les mystiques de toutes les religions. Cette expérience est universelle, elle se rencontre chez les gens les plus simples. Et, petit à petit, Frédéric Lenoir témoigne de sa popre identité chrétienne. Être chrétien, dit-il, c’est être relié au Christ, habité par lui, le prier. Et si, on ne connaît pas le Christ, être chrétien, c’est aimer son prochain, ce qu’a révélé Jésus. La prière et l’amour du prochain sont les deux poumons de cette relation au Christ. Ceux qui aiment connaissent Dieu, ils sont nés de Dieu, dit saint Jean, car « Dieu est amour ». Et Matthieu : « Lorsque vous l’avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait. »
Mais il y a un mystère Jésus, reconnaît Frédéric Lenoir, celui de son identité à propos de laquelle l’historien n’a rien à dire. Ses disciples lui ont donné, notamment à travers la résurrection – unique dans l’histoire des religions, fondement de la foi chrétienne – un statut particulier. Mais c’est une autre histoire.

Le glaive de la spiritualité

La religion relie, et la spiritualité délie tous les liens qui ne sont pas bons et qui empêchent la quête personnelle. « Je suis venu apporter le glaive », disait Jésus. L’attitude religieuse, aussi utile et légitime qu’elle puisse être, n’est pas suffisante si elle n’est pas intérieure et vraie. Le glaive coupe le lien avec le groupe, car la spiritualité est une démarche personnelle et non un héritage familial. « Si vous reprenez cet héritage, reprenez-le de manière personnelle », commente Frédéric Lenoir.
Ainsi comprise, la parole de Jésus ne remet pas en cause l’attitude religieuse en tant que telle, elle la recentre sur l’essentiel. Elle ne rend pas caduque l’existence de rituels, d’institutions, d’actes religieux collectifs : elle affirme qu’il ne s’agit là que de moyens et non de fins.
Le but de la religion, c’est d’être dans une relation d’amour avec la transcendance dans le but de la transformation de l’être humain. Elle est l’antidote aux deux principales menaces d’aujourd’hui : le fondamentalisme, le communautarisme et le fanatisme religieux, d’une part ; le matérialisme et le consumérisme qui détériore la planète, d’autre part. Il faut redécouvrir l’intériorité, la compassion et passer de la quantité à la qualité — Pierre Rabhi parle de sobriété heureuse. « Rien n’est pire qu’une religion sans spiritualité. »

Charles Delhez

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Ouvrir les églises l'été, supplément d'âme pour les touristes.

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Si une église est avant tout un lieu de culte, elle fait aussi partie du patrimoine culturel. L'été, valoriser cet héritage auprès des touristes est l'une des solutions retenues par diocèses et paroisses pour que les petites églises restent vivantes. 

Une réflexion du Journal "La Croix" sur les églises de France que nous souhaitons étendre à nos régions.

Le GEFEDI y réfléchit actuellement.

Ouvrir les églises l'été, supplément d'âme pour les touristes.
Il y a les majestueuses cathédrales et les églises urbaines où la vie paroissiale - plus ou moins dynamique - n'est pas en péril. Et puis il y a la litanie des petites églises et chapelles de campagne, souvent désertées, fermées à clés, abîmées par le temps qui passe. Ces vieilles pierres sont parfois menacées faute de moyens pour les entretenir. 

Mais le problème n'est pas tant financier qu'humain. Il s'agit de redonner vie à ces églises à la fois comme lieux cultuels et culturels. « Tenir l'église au centre du village », comme le dit un ancien dicton, pour qu'elle en soit l'âme, est l'une des ambitions des diocèses et paroisses qui profitent de l'été pour promouvoir le tourisme religieux. 

« Notre action va moins en direction de nos églises, qui ne sont pas menacées, que des chapelles», reconnaît le P. Alain Dupenloup, le curé de la paroisseSaint-Guérin qui regroupe plusieurs villages de la vallée d'Aulps en Haute-Savoie (parmi lesquels Morzine ou Leset Gets). 

"L'effort se porte surtout sur les lieux déjà ouverts"

Ainsi, depuis plus de vingt ans ans, sa paroisse organise pendant l'été « les mercredis de Saint-Graydon » dans la chapelle du même nom située dans les alpages avec eucharistie et «verre de l'amitié». « Nous travaillons avec l'office du tourisme pour faire se rencontrer les passants et les locaux », explique le prêtre. 

Dans cette optique, sa paroisse organise aussi des concerts réguliers dans l'église de Morzine et elle est associée au Festival de la musique mécanique aux Gets. «Cet été, avec un concert, une messe et un repas, l'église sera comble », se réjouit-il. 

Pour le P. Jean-Claude Delechelle, délégué à la pastorale du tourisme du diocèse de Tours, cette volonté de valoriser le patrimoine religieux est « une évolution des mentalités relativement récente ». Car « il y a encore quelques années, le premier réflexe d'un curé était de protéger son église en la fermant. Aujourd'hui, on redécouvre l'une des missions premières des chrétiens : l'accueil. » 

Des bénévoles acceptent de plus en plus souvent d'ouvrir les maisons de Dieu, mais à Tours, « ce n'est encore que lors d'évènements ponctuels ». Et « l'effort se porte surtout sur les lieux déjà ouverts», comme par exemple, le tombeau de saint Martin qui était autrefois une étape obligatoire pour les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle. « Nous essayons de la remettre en valeur », affirme-t-il. 

"Montrer qu'une église n'est pas seulement un bâtiment"

À l'autre extrémité du pays, le P. Francis Tisné, curé de Saint-Lary-Soulan dans le diocèse de Tarbes-Lourdes, sait bien lui aussi que « les touristes ont attendu leurs vacances : c'est à nous de les accueillir avec ce que nous avons de beau, nos églises ». 

Dans cette vallée des Hautes-Pyrénées où le tourisme est très développé, chaque année se tient le festival des petites églises de montagne. Tous les mardis, un concert ou une lecture ont lieu dans une église. Le P. Francis Tisné en est très fier : « C'est un brassage permanent de gens, croyants ou non. Créer de beaux moments est déjà une réussite, Dieu fait le reste. » 

Ici et là, paroisses et diocèses parviennent à tirer parti de l'essor - même modeste - du tourisme religieux. Avec une limite : activités culturelles et cultuelles restent parfois assez perméables les unes aux autres. Comme le résume le P. Dupenloup, le tourisme religieux ne concerne «qu'une petite fraction de personnes » et «tient plus de la curiosité que d'une demande de spiritualité : très honnêtement, les concerts attirent les connaisseurs, et ne convainquent pas les gens de revenir vers l'Église ». 

Mais celui qui a été guide du patrimoine du pays de Savoie et qui travaille toujours à mi-temps à l'ancienne abbaye Sainte-Marie des Alpes, y voit quand même l'occasion de « montrer qu'une église n'est pas seulement un bâtiment, mais aussi un lieu où on peut se retrouver», même à l'occasion de concerts de musique profane. « L'année dernière, nous avons accueilli un groupe népalais. Il y avait un silence religieux ! », sourit-il. 

"Donner une âme au temps libre"

« Il est important que les églises restent ouvertes pour que ceux qui cherchent un espace de recueillement puissent le trouver », écrivait Mgr Roland Minnerath, archevêque de Dijon, dans un rapport rédigé en 2008 au nom de la Conférence des évêques de France sur «l'avenir des bâtiments d'Eglise» (1). « L'Église est appelée à ouvrir les portes de son immense patrimoine culturel et religieux pour répondre aux besoins de sens de l'homme d'aujourd'hui », constatait la même année le Conseil pontifical pour la pastorale des personnes en mouvement. 

Ouvrir les églises ne participe pas seulement d'une volonté de valoriser le patrimoine, mais également de recréer un lien entre grand public et religion. Et l'objectif à long terme est bien d'ouvrir les lieux plus isolés. « S'il n'y a pas d'humanité et d'accueil dans la maison de Dieu, n'espérons pas faire passer un message », résume le P. Francis Tisné, qui travaille depuis vingt ans à ouvrir ses églises des vallées d'Aure et du Louron. 

Car des églises vivantes portent le témoignage de la présence de Dieu. Pour que les églises visitées par les vacanciers deviennent des lieux possibles d'annonce de la foi, le P. Jean-Claude Delechelle a publié sur le site internet du diocèse de Tours quelques pistes de réflexion. « Donner une âme au temps libre » est pour lui une priorité. Les églises visitées pendant l'été peuvent être une « porte d'entrée » vers la religion. Et que l'on soit croyant ou non, l'attachement au clocher demeure. 

Cécile CARTON 

(1) «Faire vivre nos églises partout», rapport piloté par Mgr Roland Minnerath, archevêque de Dijon et présenté aux évêques le 4 novembre 2008. 

La Croix: le 

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Pas fier d’être chrétien.

Publié le par Frédéric ANTOINE, rédacteur en chef du magazine L’appel

Pas fier d’être chrétien.

Menteur, profiteur, arriviste, sans souci pour le sort autrui, et en premier lieu pas pour celui des femmes : il est plutôt gratiné, le profil que l’opinion publique peut associer, en 2017, à l’étiquette « chrétien » !

En France, le candidat qui était le plus en vue de l’élection présidentielle est fier de ne pas cacher ses convictions philosophiques et religieuses. Il en a même fait un de ses chevaux de bataille, affirmant « à titre personnel » être en total désaccord avec certaines lois édictées par la laïque République dont il brigue la plus haute fonction.

Christique au point de dire vouloir sacrifier sa vie pour le sauvetage de la France, il s’était aussi fait qualifier de « Monsieur Propre » de la politique. Car, c’était sûr, contrairement à certains de ses compétiteurs, lui n’avait rien à se reprocher. Et rien ne pourrait jamais lui être reproché.

Puis voilà que, de révélation en révélation, la virginale figure de ce catholique désintéressé s’est désintégrée. Inutile de revenir ici sur les péripéties de ce feuilleton médiatique. Pour mesurer les dégâts sur l’image qu’il génère du catholicisme et des catholiques, il suffit de comparer les valeurs prônées par l’Évangile et les pratiques du candidat dans la vie quotidienne.

Peut-on se réclamer du Christ si l’on fait du mensonge un usage quasi-journalier, et si son mode de vie repose sur d’habiles combines destinées à se garantir une part du gâteau supérieure à celle à laquelle on a droit ?

Peut-on se reconnaître frère de son prochain sans se rendre compte que, pour la fonction que l’on vise, les comportements que l’on a adoptés ne peuvent que scandaliser les plus honnêtes, les plus pauvres, plus souffrants ?

Peut-on être disciple de Jésus et juger éthique et moral ce qui apparaît assez normalement pour plus grand nombre comme en étant le total opposé ?

Grâce à l’association d’un homme et d’une foi, est belle, l’image du monde catholique ! 
Depuis quelques mois déjà, en France, l’adjectif « catholique » était médiatiquement directement associé à un positionnement politique de droite, voire d’extrême droite. 
Les événements actuels ne font que conforter cette impression. Comme si les notions d’ouverture, de progressisme, d’écoute de l’autre, d’accueil et de dialogue avec le monde étaient (re)devenus étrangers à l’univers ceux qui se disent appartenir à l’Église.

Elle est d’autant plus belle, cette image des catholiques, que, au nom de la foi qu’ils prônent, des hommes (et des femmes) politiques français ont de plus en plus tendance à vouloir imposer à l’ensemble de la société leurs propres convictions, leur vision du monde et leurs valeurs.

Qu’attend, par exemple, le mouvement « la manif pour tous » de son soutien aux candidats de droite et d’extrême-droite, sinon l’avènement d’un président se son bord, qui remettra en cause le mariage pour tous, puis les droits acquis par les femmes, et par les couples ?

Qu’ils souhaitent respecter pour eux-mêmes les préceptes auxquels ils croient est leur affaire et tout à leur honneur d’êtres cohérents entre leurs actes et leurs pensées. Mais il est, ou était jusqu’à présent, une particularité de l’Occident : celle de refuser d’encore vivre à une époque où un dirigeant pouvait s’employer à transformer un crédo personnel en règles universelles.

Cette ambition d’imposer à tout un peuple ce que l’on considère à titre privé bon n’est pas l’apanage de la « fille aînée » de l’Église. L’actuel président des États-Unis, autre parfaite illustration du christianisme de 2017, pense-t-il autrement ? Chacune de ses décisions, chacun de ses tweets, manifeste cette même intention. Et cette même représentation, pour le moins originale, de ce que sont valeurs chrétiennes dont il se revendique, du moins dans ses discours publics.

Le milliardaire américain suppose sans doute répondre à la loi divine en appliquant le commandement « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée ». Mais sait-il que celui-ci est, dans l’Évangile, suivi d’un « second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ?  
A-t-il un jour lu, au chapitre 25 de Matthieu, ce texte simple, illustré, mais essentiel : « J’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli ; j’étais nu, et vous m’avez vêtu ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus vers moi. »

Le message chrétien est fondamentalement ancré dans la défense et la promotion de l’Homme. Mais, de un brouhaha médiatique auquel rien n’échappe, comment encore faire comprendre que vivre au nom de l’Évangile ne peut simplement reposer sur l’exemple de quelques ténors qui se disent disciples de Jésus de Nazareth ? S’engager au nom du Christ est impossible si l’on ne vise que le pouvoir et le profit, pour soi, ses proches ou le « clan » dont on défend les intérêts.
Les personnages politiques qui osent bâtissent leur légitimité sur l’affirmation d’une identité chrétienne taillée sur mesure devraient relire Marc, quand il rappellait cette cinglante phrase de Jésus : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. » Un royaume qui, chacun le sait, commence ici-bas.

Frédéric ANTOINE, rédacteur en chef du magazine L’appel

www.magazine-appel.be

 

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SOS patrimoine rural. Vade-mecum

Publié le

SOS patrimoine rural. Vade-mecum

Le vade-mecum a pour objectif de proposer un outil permettant à tout un chacun de concevoir, réaliser ou défendre un projet de préservation ou de valorisation du patrimoine rural, qu’il soit monumental ou qu’il s’agisse d’éléments ayant valeur d’accompagnement. Il propose un ensemble de fiches thématiques classées selon 3 catégories : connaître et protéger /conserver, restaurer, réaffecter, rénover , réhabiliter /valoriser et sensibiliser.

www.frw.be/fileadminSOS.pdf

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