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Cinquième dimanche de Pâques

Publié le par Philippe Goffinet

Icône de la vigne et des sarments

Icône de la vigne et des sarments

 

La liturgie puise des images fortes dans l’évangile selon saint Jean pour nous faire découvrir les diverses facettes du mystère pascal que nous célébrons jusqu’à la Pentecôte. Après la métaphore du bon berger qui donne sa vie pour ses brebis, voilà celle de la vigne. Elle se situe dans le contexte des adieux de Jésus à ses disciples et ses paroles sont déjà riches d’une promesse de vie que seront les fruits de sa résurrection.

 

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron.
Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève ; tout sarment qui porte du fruit, il le purifie en le taillant, pour qu’il en porte davantage. Mais vous, déjà vous voici purifiés
grâce à la parole que je vous ai dite. Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi.

Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est, comme le sarment, jeté dehors, et il se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent. Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voulez, et cela se réalisera pour vous. Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples. »

La vigne est une image privilégiée de l’alliance entre Dieu (le vigneron) et le peuple d’Israël (la vigne). Le vigneron est dépeint comme plein d’attention et de sollicitude pour sa vigne car il s’agit d’une histoire d’amour entre Dieu et sa vigne. On pourrait même dire une passion. Comme on peut le deviner lorsque des vignerons parlent de leur vigne avec des mots qui sentent bon la déclaration d’amour. Dieu s’est donné du mal pour que sa vigne puisse donner de beaux fruits. Il n’a pas ménagé sa peine car il l’aime. Mais la vigne n’a pas produit que de bons fruits. Et le vigneron s’en plaint amèrement : « La vigne du Seigneur le tout-puissant, c’est la maison d’Israël et les gens de Juda sont le plant qu’il chérissait. Il en attendait le droit, et c’est l’injustice, il en attendait la justice, et il ne trouve que le cri des malheureux… Il en attendait de beaux raisins, il n’en eut que de mauvais » (Is 5,1..7) . Tout cela parce que les chefs du peuple ont saccagé la vigne et en ont fait un désert désolé (Jr 12,10).  Mais le bon vigneron ne se résigne pas au désastre de sa vigne : sa fidélité est une passion. Et il annonce qu’un jour la vigne portera de beaux fruits comme une nouvelle alliance : « Je déposerai mes directives au fond d’eux-mêmes, les inscrivant dans leur être ; je deviendrai Dieu pour eux, et eux, ils deviendront un peuple pour moi » (Jr 31,31-34).

 

Lorsque Jésus parle de la vigne, tout le monde a compris que c’est d’une alliance avec le Père qu’il s’agit et qu’elle s’accomplit désormais en sa personne. D’où l’insistance sur le verbe « demeurer » (il revient 10 fois dans ce bref passage) qui signifie la relation forte qu’il tisse avec ses disciples et eux avec lui. « Demeurer en lui », c’est être imprégné de ses paroles et de ses actes.  La vigne (Jésus), c’est le cep et les sarments, inséparables pour que la vigne produise beaucoup de fruits pour la gloire du Père et le salut du monde.  Nous avons là une belle image de l’Eglise que l’on retrouvera d’ailleurs dessinée dans les catacombes comme un signe de reconnaissance des chrétiens. Cette image montre combien l’Eglise est d’abord vécue comme un réseau de relations entre Jésus ressuscité et ses disciples, et les disciples entre eux. Cette

Image met bien en lumière ce qu’esquissent les grands récits de Pâques : le lien étroit entre la résurrection du Christ et celle de ses disciples. Car c’est en recevant l’esprit du Ressuscité qu’ils vont porter des fruits de Pâques en parcourant les routes de la terre. Comme Paul dont nous parle l’extrait du livre des Actes des Apôtres de cette liturgie. Un pur produit de Pâques et un sarment solidement attaché au cep de la vigne dont le Père est le vigneron.

 

Paul vient de vivre son chemin de Damas, « terrassé » par le crucifié ressuscité qui le retourne comme une crêpe : « Saul, Saul, pourquoi me persécuter (Jésus s’identifie à ses disciples) ? Qui es-tu, Seigneur ? – Je suis Jésus, c’est moi que tu persécutes » (Act 9,5). Paul était un juif croyant convaincu. Impossible pour lui de croire que ce Jésus crucifié sur une croix puisse être le Messie. C’était un imposteur, un hérétique dangereux que les chefs ont bien fait d’éliminer. Et cette hérésie qui se répand maintenant à Jérusalem et à Damas, il faut l’arrêter tout de suite avant qu’elle ne fasse des dégâts. Paul est littéralement retourné (c’est le sens du mot conversion), mais il va devoir être pris par la main pour faire son chemin vers le baptême. L’Eglise est un relais de témoins. Ananie sera le premier qui l’introduira non sans crainte dans la communauté de Damas car Saul traîne avec lui une réputation sulfureuse. Et quand il revient à Jérusalem, les gens se méfient de lui. C’est peut-être une taupe qui va s’infiltrer dans l’Eglise pour mieux la détruire ! Il faudra l’intervention de Barnabé, un converti venu de Chypre, pour que tombent les peurs. Saul, sans plus tarder, commence à annoncer avec assurance la bonne nouvelle à Jérusalem. Cette assurance ne vient pas des qualités personnelles du témoin (Paul avouera lui-même qu’il est un piètre prédicateur), mais de l’Esprit Saint.  Mais les Juifs de langue grecque qu’il essaie de convaincre cherchent à le supprimer. Comme ils avaient déjà éliminé Etienne avec la complicité de Saul qui gardait leurs vêtements pendant qu’ils le lapidaient. De persécuteur, le voilà déjà persécuté comme Jésus lui-même. Décidément, devenir disciple du Christ n’est pas sans danger. Paul en fera l’expérience durant tous ses périples missionnaires.  Les frères chrétiens de Jérusalem vont devoir l’exfiltrer vers Césarée maritime d’où il regagnera Tarse sa ville d’origine. C’est encore Barnabé qui ira le chercher à Tarse pour le ramener à Antioche de Syrie où il séjournera deux ans avant que la communauté l’envoie pour une première tournée missionnaire avec Barnabé vers Chypre.

 

Et nous aujourd’hui ? Il est nécessaire de « demeurer » enraciné sur le cep de la vigne qu’est le Christ et de nourrir notre vie intérieure par la Parole de Dieu accueillie et méditée si nous voulons porter du fruit. Sinon, nous deviendrons des sarments secs sans sève et sans vigueur. Mais il est tout aussi nécessaire de « demeurer » parmi les hommes (le chrétien n’est pas un ovni !) dans une véritable communauté de destin, partageant leurs joies et leurs peines, leurs espoirs et leurs souffrances. Cultiver nos relations dans une réelle connivence sans attendre nécessairement un retour sur investissement, mais simplement avec la joie d’avoir donné de son temps et de sa présence. « N’aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité » nous rappelle saint Jean dans la lettre que nous lisons ce dimanche. Je nous invite à produire de beaux fruits de Pâques en restant fermement attachés au cep de la vigne.

 

Philippe Goffinet

2 mai 2021