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Funérailles de Jean-Marie Jadot. Texte de l'homélie de Philippe Goffinet

Publié le par Philippe Goffinet.

Funérailles de Jean-Marie Jadot. Texte de l'homélie de Philippe Goffinet

C’est à Lourdes il y a deux ans, dans sa chambre à l’Accueil Marie-Saint Frai, que Jean-Marie m’a fait cette demande : « Philippe, quand le partirai, j’aimerais que tu fasses l’homélie de mes funérailles ». Les larmes dans les yeux et le cœur serré on s’est embrassé et j’ai accepté son invitation au nom d’une très longue amitié… en lui disant qu’il ne se presse pas parce qu’on avait encore de belles choses à vivre ensemble. Un peu d’humour en ces circonstances aide à retrouver ses esprits. Ce jour est arrivé et c’est avec beaucoup d’émotion que je prends la parole ce matin, mais porté par la foi et l’espérance chrétiennes qui ont animé Jean-Marie pendant toute sa vie.

 

Entre Lourdes et Jean-Marie, c’est une belle histoire d’amour puisqu’il a eu la joie d’y faire sa première communion. Il y est revenu souvent comme simple pèlerin, prêtre, prédicateur et enfin malade parmi ses frères moins valides. A Lourdes, Jean-Marie vivait, au sein des pèlerinages, un temps fort de ressourcement spirituel à l’école de Marie et de Bernadette. Mais aussi des moments inoubliables de convivialité. J’ai eu le bonheur de découvrir pour la première fois Lourdes avec lui en 1970 en prenant part comme brancardiers/infirmiers au pèlerinage militaire international avec les malades que nous avons accompagnés à l’Accueil Marie-Saint Frai. Un moment important de discernement pour nous deux, à quelques encablures de notre ordination presbytérale.

 

En revenant à Lourdes comme malade parmi les malades, dans une dépendance qui s’installait petit à petit, Jean-Marie y a vécu une présence chaleureuse, fraternelle et attentive, se préoccupant des autres avant tout et de leur bien-être avant de penser à lui. Il a été merveilleusement entouré par nos hospitaliers avec qui il a tissé des liens d’affection qui se sont prolongés en-dehors des pèlerinages. La grande famille des Pèlerinages Namurois est en deuil aujourd’hui et partage la peine des siens et de celles et ceux qui l’ont entouré pendant toutes ces années de maladie et, à la fin, d’isolement dû à la pandémie. Pendant ses 25 années de présence à Arlon comme doyen, il a eu à cœur de faire vivre avec solennité la neuvaine à Notre-Dame de Lourdes qu’il présentait comme une retraite ouverte à tous pour permettre à chacun de vivre la grâce de Lourdes. Parce que cette spiritualité était pour lui une porte d’entrée vers la découverte de la Source- Bonne Nouvelle qu’est le Christ et d’une Eglise ouverte sur l’universel où peut se vivre une fraternité unique au monde où les plus fragiles et les plus pauvres sont en première ligne.  Cette spiritualité a animé Jean-Marie dans toutes les responsabilités diocésaines et interdiocésaines qu’il a remplies avec bonheur.

 

Jean-Marie est parti sereinement à la rencontre avec son Dieu et Père, au terme du temps pascal et en la fête, voulue par le pape François, de Marie, Mère de l’Eglise. Comme Job et Jésus, il a vécu dans son corps qu’il ne maîtrisait plus une angoissante passion. Avec les redoutables questions sur le sens de la vie, de la souffrance et de la mort qui ont dû traverser bien souvent son esprit et son cœur… mais avec la conviction chevillée profondément en lui que son Dieu et Père était mystérieusement présent dans l’épreuve et que pouvaient se murmurer des paroles d’espérance en faisant sienne la foi de Job : « Je sais, moi, que mon libérateur est vivant, et qu’à la fin il se dressera sur la poussière des morts ; avec mon corps, je me tiendrai debout, et de mes yeux de chair, je verrai Dieu ».  Ce libérateur, c’est Jésus Christ auquel Jean-Marie a donné sa vie comme prêtre au service de ses frères et sœurs, en s’efforçant de mettre ses pas dans les siens et de donner un visage humain à l’Évangile. Dans ses paroles, ses gestes et ses rencontres – car Jean-Marie était avant tout un homme de relations - des hommes et des femmes ont pu découvrir qu’ils étaient aimés par Dieu, sans conditions et quel que soit leur parcours de vie. Jean-Marie savait, comme l’a rappelé la lettre de Saint Jean, qu’avec Jésus, l’évangile ce n’est pas du baratin et qu’il faut aimer non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité. Comme prêtre, Jean-Marie a eu le souci de mettre des gens ensemble, de créer des équipes, de cultiver avec finesse et un art de la table consommé, la convivialité. Il a toujours eu le souci de rejoindre les plus pauvres et les plus petits, notamment à travers la Saint-Vincent de Paul.

 

Jean-Marie était aussi un amoureux de l’Eglise qu’il voulait ouverte, en dialogue avec la société d’aujourd’hui, osant proposer la foi chrétienne sans l’imposer, avec douceur et respect. Il voulait une Eglise qui ne sente pas le renfermé ni le vieux dévouement, mais une Eglise accueillante, qui soit le signe d’un évangile en pleine vie. Ces derniers temps, il m’a souvent partagé sa tristesse et sa souffrance devant les fermetures et les replis fiévreux qu’il percevait, donnant de l’Église l’image d’une citadelle assiégée.  Il était particulièrement fier et heureux d’avoir pu réunir ici à Saint-Martin les responsables des cultes et de la laïcité pour les grands évènements patriotiques. Il faisait le pari qu’en conjuguant les forces vives et les diverses convictions et appartenances, il était possible d’apporter sa pierre à la construction d’une société plus juste et plus fraternelle, où chacun pourrait trouver des raisons de vivre et d’espérer. A l’image du banquet dont nous parle l’évangile où tous sont invités pour que la maison soit remplie. La sauvegarde de la maison commune dont nous parle aujourd’hui le pape François – environnement et humanité- qui doit être au cœur de nos préoccupations.

 

Dans quelques instants, nous allons célébrer l’eucharistie sur cet autel que Jean-Marie a imaginé comme une expression du cœur de la foi chrétienne. Avec la croix du calvaire, rappel de la mort de Jésus, pleinement solidaire de toute l’humanité qu’il a aimée jusqu’au bout… et la pierre roulée, signe qu’au matin de Pâques, Christ est vainqueur de la mort et qu’il entraîne dans son sillage celles et ceux qui ont mis en lui leur foi et leur espérance. Ce mystère pascal que Jean-Marie a célébré pendant toute sa vie de prêtre, il le célèbre avec nous une dernière fois, revêtu de l’étole et tourné vers l’assemblée qu’il réunit autour de l’autel. I

 

ll vit maintenant sa Pâques, son passage vers la maison du Père où il va retrouver ses chers parents et celles et ceux qu’il a aimés et servis sur cette terre. A nous qui restons, il nous lance l’invitation de continuer à faire vivre de nos mains et de nos cœurs ce monde repeint aux couleurs des Béatitudes qui a été le secret et la joie de toute sa vie de prêtre.  Amen.

29 mai 2021