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Douzième dimanche dans l’année. Avis de tempête sur le lac de Tibériade !

Publié le par Philippe Goffinet

Jésus est représenté comme celui qui dort, réveillé par un disciple mais aussi celui qui est debout pour calmer la tempête. De la main, il fait signe au possédé de Gerasa qui l’attend sur l’autre rive.

Jésus est représenté comme celui qui dort, réveillé par un disciple mais aussi celui qui est debout pour calmer la tempête. De la main, il fait signe au possédé de Gerasa qui l’attend sur l’autre rive.

Au début de son évangile, Marc a donné comme un résumé-programme du ministère de Jésus. « Après que Jean (le baptiste) eut été livré, Jésus vint en Galilée. Il proclamait l’Évangile (la Bonne nouvelle) de Dieu et disait : « Le temps est accompli, et le Règne de Dieu s’est approché : convertissez-vous en croyant à l’Évangile (Bonne Nouvelle) » (Mc 1,14-15).  Petit à petit, nous allons découvrir que la Bonne Nouvelle dont on parle et vers laquelle il faut se tourner (c’est le sens du mot se convertir), c’est Jésus lui-même. Et c’est dans sa personne que le Règne de Dieu se fait proche. Le Règne de Dieu est une expression ambiguë qui va susciter bien des incompréhensions de la part des disciples et de la foule car elle a des accents très politiques dans une population qui supporte mal l’occupation romaine. Le Règne de Dieu, c’est le monde repeint aux couleurs des béatitudes, un monde sous le signe de l’humilité, de la douceur, de la paix, de la réconciliation, de la justice, de la tendresse et du pardon.  Bref, le rêve de Dieu dont Jésus va incarner la proximité dans son enseignement, ses miracles (signes), ses rencontres et jusque sur la croix.

 

Dans l’évangile de la semaine dernière, nous avons accueilli deux paraboles qui nous décrivent ce Règne de Dieu en recourant aux images de la semence qui pousse toute seule et de la graine de moutarde, la plus petite de toutes les graines, qui finit par donner un grand arbre où peuvent nicher les oiseaux. Cet enseignement est destiné à la foule et aux disciples pour les amener à croire que ce règne est bien à l’œuvre en Jésus, Parole de Dieu semée dans la terre des hommes, pour y porter du fruit. Une Parole qui va devoir vaincre des résistances de toutes sortes, y compris parmi ses disciples, et qu’on finira par réduire au silence sur la croix… mais qui produira du fruit au matin de Pâques. Un enseignement donné avec une autorité qu’il va puiser dans l’intimité de celui qu’il appelle Père dans le secret de sa prière.

 

Le récit de la tempête apaisée suit immédiatement l’enseignement en paraboles et il est le premier d’une série de miracles (signes) qui actualisent ce que Jésus enseigne. C’est la proximité du Règne de Dieu en actes. Jésus manifeste la même autorité sur tout ce qui entrave la vie : les éléments (la tempête), les démons (exorcisme sur le possédé de Gerasa), la maladie (guérison de la femme atteinte de pertes de sang) et la mort (résurrection de la fille de Jaïre).

 

Jésus a enseigné toute la journée assis dans une barque, sur la mer (qui est bien le lac de Tibériade). Et le soir venu, il invite ses disciples à monter dans les barques pour « passer sur l’autre rive » qui est la rive païenne du lac là où il va guérir le possédé. Signe déjà que la bonne nouvelle de la proximité du règne est offerte à tous. C’est lors de la traversée que survient une violente tempête, un évènement assez fréquent sur ce lac et qui arrive souvent sans crier gare.

 

Survient une violente tempête. Les vagues se jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se remplissait. Lui dormait sur le coussin à l’arrière. Les disciples le réveillent et lui disent : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » Réveillé, il menaça le vent et dit à la mer :« Silence, tais-toi ! »
Le vent tomba, et il se fit un grand calme. Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » Saisis d’une grande crainte, ils se disaient entre eux : « Qui est-il donc, celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »

 

C’est le chaos total qui n’est pas sans évoquer celui qui précède l’œuvre de création avant que Dieu ne sépare les eaux d’en haut des eaux d’en bas et ne mette aux eaux primordiales une limite à ne pas franchir. Pour garantir la vie ! Les eaux noires et ténébreuses en raison de la profondeur sont perçues comme le lieu de la mort. Et les voilà qui vont submerger les barques ballotées par les vagues pour les disloquer. C’est le mal qui se déchaîne et l’agitation de la mer semble suggérer que Satan est à l’œuvre. Panique à bord pour les disciples qui sentent leur vie menacée… alors que Jésus dort ! « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? »  Le sommeil de Jésus est perçu comme une profonde indifférence à leur égard. Puis cette parole, comme si Jésus s’adressait à un démon : « Silence, tais-toi ! ». Jésus réveillé (c’est le même mot qui désigne la résurrection) manifeste son autorité sur les éléments déchaînés, comme Dieu lui-même lors de la création ainsi que le rappelle l’extrait du livre de Job de la première lecture : « Le Seigneur s’adressa à Job du milieu de la tempête et dit :« Qui donc a retenu la mer avec des portes, quand elle jaillit du sein primordial ; quand je lui mis pour vêtement la nuée, en guise de langes le nuage sombre ; quand je lui imposai ma limite, et que je disposai verrou et portes ? Et je dis : “Tu viendras jusqu’ici ! tu n’iras pas plus loin, ici s’arrêtera l’orgueil de tes flots !” » Magnifiques images pleines de douceur pour signifier la maîtrise de Dieu sur les éléments : la nuée pour vêtement, le nuage sombre en guise de lange et puis portes et verrou pour bien marquer la limite… source de vie. A la fin de notre récit, Jésus souligne l’incompréhension des disciples (un thème qui parcourt tout l’évangile de Marc) et leur manque de foi. Mais qui est-il celui-là ?

Cette tempête anticipe déjà celle qui va submerger le groupe des disciples et le disperser : l’arrestation de Jésus, sa condamnation et sa mort sur la croix… où le silence de Dieu va être perçu comme le signe de son indifférence et du discrédit qu’il jette sur tout l’itinéraire de Jésus et ses « prétentions ». Mais l’apaisement viendra non sans peine au matin de Pâques et l’annonce de la victoire de Dieu sur la mort de Jésus.  C’est la vie qui l’emporte sur la mort et les forces de mort. Avec Jésus mort et ressuscité, c’est un monde nouveau qui naît, le monde tel que Dieu le rêvait. Comme le rappelle Paul avec enthousiasme dans le lettre aux Corinthiens : « Si donc quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né ».  

Dans l’aujourd’hui de notre monde et de notre Eglise secoués par de violentes tempêtes (pandémie et abus sexuels), il est bon de réentendre que Dieu ne nous abandonne pas et qu’il nous invite à la confiance. Mieux encore, il nous presse de mettre nos pas dans les siens pour faire naître de nos mains et de nos cœurs ce monde nouveau pour lequel Jésus a donné sa vie. « Car le Christ est mort pour tous, afin que les vivants n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux ». Ce que nous célébrons en chacune de nos eucharisties.

Philippe Goffinet

20 juin 2021