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L'editorial de notre doyen Philippe Goffinet.

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L'editorial de notre doyen Philippe Goffinet.

Dans le bulletin de mai, je vous parlais de la réouverture des terrassesNous y sommes maintenant et notre bonne ville de Dinant a vu la Croisette retrouver ses habitués. Malheureusement, la météo hivernale et pluvieuse n’a pas permis de faire le plein espéré. Et si le soleil daignait faire son apparition, il valait mieux avoir revêtu la doudoune et commander du vin chaud ! Indispensables nos terrasses comme nos cafés du commerce pour refaire le monde et le repeindre aux couleurs de l’espérance. Tous les signaux sont au verre ! Il est bon d’entendre quelqu’un qui après avoir bu quatre « Orvals » vous lancer la langue pâteuse dans un jet de postillons : "Moi je vais te dire ce qu'est le VRAI problème du cornavirus ou « Les épidémiologistes, tous des nuls, moi je vais te dire la VRAIE solution ». Sans nos terrasses et nos bistrots, le monde serait en panne d’imagination. Mais attention tout de même à ne pas confondre les chopes avec le gel hydroalcoolique ! Un moment d’inattention est vite arrivé, surtout en fin de journée.

 

L’ouverture des terrasses a quelque peu occulté le drame qui continue à se jouer au Moyen-Orient. Si les missiles et les roquettes ont cessé de tomber sur Gaza et les villes israéliennes, la bande de Gaza surpeuplée est un champ de ruines et des innocents y ont laissé la vie, victimes collatérales de cette nouvelle poussée de violence. Rien n’est réglé : le Hamas pavoise en affirmant avoir tenu la dragée haute à Israël suréquipé militairement et Israël, appuyé par les Etats Unis, affirme son droit à se défendre même avec des ripostes disproportionnées. L’Amérique de Biden est bien décevante car elle continue à soutenir un Netanyahu très affaibli politiquement, et qui s’est allié à des gens de l’extrême droite qui n’hésitent plus à hurler : « Mort aux arabes ! ». La politique de colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem Est s’intensifie et la solution de l’ONU à deux Etats souverains s’éloigne encore un peu plus. Sans compter que l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas craint pour sa survie politique et renvoie sans cesse les élections aux calendes grecques. Mais ce que ce nouveau conflit a révélé, c’est le malaise grandissant des Arabes Israéliens (surtout à Jérusalem Est et dans le nord du pays) qui sont citoyens de l’Etat d’Israël depuis 1948 (année de la fondation d’Israël)), mais des citoyens de seconde zone qui n’ont finalement pas les mêmes droits que les citoyens juifs. Ils sont aussi palestiniens, solidaires de leurs frères de Cisjordanie et de Gaza, mais misant plutôt sur le dialogue que sur la violence. Ils commencent à récuser l’appellation habituelle d’Arabes israéliens et préfèrent se définir comme palestiniens de l’intérieur. Ce malaise s’est encore amplifié quand, dans des villes comme Haïfa et Lod où juifs et arabes vivent habituellement en bonne entente, des bagarres ont éclaté entre eux : des magasins arabes ont été détruits par des extrémistes juifs et on a même assisté en direct à un lynchage d’un citoyen arabe. Ainsi la révolte gronde au sein même de la société israélienne. Et la politique menée par Netanyahu n’a pas réussi à calmer le jeu, au contraire. En s’alliant à la droite extrême, il renforce l’idée qu’Israël est un Etat-nation pour les juifs et qu’il n’y a pas de place pour ceux qui ne le sont pas. Il devient dès lors difficile de comprendre qu’Israël soit un état vraiment démocratique ! Mais dire cela, c’est courir le risque d’être traité d’antisémite !  Toutefois, mettre en cause la politique de l’Etat d’Israël est une chose et avoir de l’estime pour les juifs qui sont nos frères aînés dans la foi en est une autre.

 

Le Cardinal Josef De Kesel, Primat de Belgique, vient de donner plusieurs interviews à l’occasion de la sortie de son livre Foi et religion dans une société moderne, Salvator, 144 p. Pendant plusieurs mois, il s’était mis en retrait pour soigner un cancer des intestins qui a nécessité trois interventions chirurgicales et une lourde chimio. Il met par écrit le fruit d’une longue réflexion commencée dans les années 80. Sa conviction profonde : « l’Église n’est pas un monde à côté du monde : elle partage les joies, mais aussi les angoisses de notre temps. Elle est intimement liée au destin de l’humanité : elle ne peut trouver son identité sans cette relation, sans cette ouverture au monde. » Comme le pape François dont il est proche, le cardinal n’a cessé de revenir sur cette nécessaire ouverture de l’Église, qui ne l’empêche nullement de proposer la foi chrétienne. L’Église se doit d’accueillir toute personne qui frappe à sa porte, sans la juger, en la considérant pour ce qu’elle est et non comme « une clientèle » : « le plus important pour l’avenir de l’Église est de soigner la qualité de la rencontre, de respecter l’altérité. Dieu est à l’œuvre dans chaque personne humaine. Il est patient. Ce n’est pas à l’Église de juger.  Ne négligeons pas la présence de l’Esprit dans l’œuvre de Dieu : c’est le grand oublié… » A la suite de François, il aime redire :  « le danger n’est pas d’être peu nombreux, mais d’être insignifiants. »  Cela veut dire que l’Eglise peut continuer à être missionnaire. Mais la question est de savoir comment l’être. Le cardinal met en garde contre une tentation de voir la mission de l’Eglise dans l’organisation de « campagnes publicitaires » ou « d’initiatives de recrutement ». Il insiste surtout sur la nécessité pour l’Eglise d’annoncer l’Évangile, ce qui signifie être présent au monde et proclamer la Parole de Dieu. « L’Eglise de demain sera plus modeste et plus humble », ajoute le cardinal. Et Il poursuit : « On risque le prosélytisme quand l’annonce de l’Évangile se fait sans respect de l’autre, avec le seul souci de recruter. C’est l’amitié qui évangélise. La rencontre a du sens en elle-même : ce n’est pas une tactique missionnaire. Je voudrais que les personnes en contact avec l’Eglise soient bien accueillies, respectées, écoutées, sans jugement. N’oublions pas  qu’il y a ce que je peux faire et ce que Dieu fait : je peux témoigner, rencontrer, être ce que je suis, mais je peux pas donner la foi à un autre. C’est le Seigneur. L’Esprit Saint est à l’œuvre et il ne dépend pas de l’expansion de l’Eglise ».  Un cardinal proche de la spiritualité franciscaine et très bergoglien. Un livre à s’offrir pour les vacances.

 

Philippe Goffinet