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Seizième dimanche dans l’année

Publié le par Philippe Goffinet

Barques sur le lac de Tibériade

Barques sur le lac de Tibériade

La Wallonie vient de vivre des inondations particulièrement dramatiques. Des personnes ont perdu la vie ; d’autres ont perdu leur toit et tous leurs biens. Les secouristes continuent à chercher les disparus dans les décombres. La solidarité s’organise pour essayer de fournir rapidement des vivres et des biens de première nécessité. Dans les circonstances les plus extrêmes, il faut saluer cette incroyable capacité individuelle ou collective à manifester le meilleur de l’humain. Avec le soleil qui revient, le désastre n’en est que plus visible. Et les médias y vont déjà de leurs analyses souvent sommaires pour chercher les « coupables ». L’heure viendra pour s’interroger sur les causes d’un tel désastre et tenter d’y remédier, mais pour le moment, elle est surtout à la compassion et, si nous sommes croyants, à la prière.

 

Les lectures de la liturgie de ce dimanche pourraient nous paraître complètement décalées par rapport aux évènements que nous venons de vivre. Mais, à y regarder de plus près, elles nous parlent toutes d’un Dieu qui n’est pas indifférent à la détresse des hommes. Au contraire, il entend le cri du faible et du pauvre… car il est le bon berger de son peuple et il n’a de cesse de susciter dans ce peuple des pasteurs selon son cœur pour en prendre soin.

 

L’évangile de la semaine dernière nous parlait de l’envoi en mission des Douze. Une sorte de stage pastoral après avoir suivi Jésus et avoir été témoins de sa prédication de la Bonne Nouvelle et de ses gestes de guérison qui l’actualisent. Cette mission des Douze a été placée sous le signe du dépouillement et de la sobriété. Car il y a une certaine urgence à proclamer cette Bonne Nouvelle qu’est Jésus en personne. Il faut donc voyager léger ! Mais aussi parce qu’il en va de la crédibilité du message annoncé. Et le style de vie que l’on adopte n’y est pas étranger. François d’Assise l’avait bien compris en vivant avec ses frères dans le dépouillement et la sobriété pour faire découvrir aux petites gens qu’il rencontrait un Dieu pauvre et désarmé qui les rejoignait dans leur vie de tous les jours.

 

Aujourd’hui, c’est le retour de mission :

 

En ce temps-là, après leur première mission, les Apôtres se réunirent auprès de Jésus,  et lui annoncèrent tout ce qu’ils avaient fait et enseigné.  Il leur dit :  « Venez à l’écart dans un endroit désert,  et reposez-vous un peu. »  De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux, 
et l’on n’avait même pas le temps de manger. 
    Alors, ils partirent en barque  pour un endroit désert, à l’écart.  Les gens les virent s’éloigner, 
et beaucoup comprirent leur intention.  Alors, à pied, de toutes les villes,  ils coururent là-bas 
et arrivèrent avant eux.  En débarquant, Jésus vit une grande foule.  Il fut saisi de compassion envers eux,  parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger.  Alors, il se mit à les enseigner longuement (Mc 6, 30-34)

 

Voici venu le moment où l’on peut partager ce que l’on a vécu et se reposer un peu. Nous découvrons un Jésus bon pasteur soucieux du petit troupeau fatigué de ses disciples. Ils sont harassés car ils ont accompli la mission même de Jésus : porter la Bonne Nouvelle du Royaume avec le pouvoir de guérison corporelle et spirituelle. Parole et témoignage sont indissociables. Mais les gens ne les laissent pas tranquilles. Et Marc très réaliste de noter « que l’on n’avait même pas le temps de manger ».  Lorsqu’ils montent dans la barque pour s’éloigner du tumulte, les gens devinent leur intention et les attendent en foule quand ils débarquent. Le récit de Marc est vif et enlevé, traduisant ainsi la soif intense de ces gens qui ont enfin trouvé en Jésus et ses disciples les pasteurs qu’ils cherchaient. Pas des pasteurs qui vont les plumer ou les chasser comme ceux dont parle le prophète Jérémie dans la première lecture : « Vous avez dispersé mes brebis, vous les avez chassées, et vous ne vous êtes pas occupé d’elles ». Ces pasteurs ont été indifférents à leur détresse et les ont abandonnés au bord du chemin.

 

Jésus « est saisi de compassion » devant ces gens qui accourent vers lui de partout. Il est profondément ému et ses entrailles se retournent car il a bien perçu la détresse de ces femmes et de ces hommes qui cherchent parfois désespérément un sens à leur vie et qui perçoivent que Jésus est à même de les comprendre et surtout de les aimer. « Saisi de compassion » : quelle belle expression pour décrire Dieu lui-même ! Non pas un Dieu lointain, indifférent ou hautain, mais un Dieu tendre et miséricordieux qui accueille chacun tel qu’il est pour lui redire qu’il est aimé. Un Dieu qui vibre à la joie et à la détresse de ses enfants. C’est ce Dieu-là que chante ce beau psaume 23 qui est un écho de la première lecture : Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien. Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre ; il me conduit par le juste chemin pour l’honneur de son nom. Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : ton bâton me guide et me rassure. Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis ; tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante. Grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie ; j’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours.

A la source de toute initiative du pasteur, il y a d’abord un regard de tendresse et de compassion pour les personnes que l’on rencontre. Marc nous dira plus loin que la leçon n’a pas porté car, face à la foule épuisée, les disciples veulent la renvoyer.

A la suite de Jésus, nous avons-nous aussi à cultiver la fibre du pasteur. Plus que jamais, dans les circonstances actuelles, il faut se laisser prendre aux tripes par ce que vivent nos frères et sœurs en humanité. Pas en les enseignant longuement comme Jésus, mais en étant pleins de compassion : écoute, disponibilité, sens du service, solidarité… sans nous imposer, mais sans nous dérober,  avec le seul souci de construire des ponts entre les hommes plutôt que des murs (deuxième lecture de cette liturgie).

Philippe Goffinet

18 juillet 2021