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L'éditorial de notre doyen Philippe Goffinet

Publié le par Philippe Goffinet

Le pape François a participé à la clôture du Congrès eucharistique de Budapest et, dans la foulée, il a entrepris un périple de trois jours en Slovaquie du 13 au 15 septembre. Dans la cathédrale de Bratislava, il a appelé les responsables catholiques d’Europe à ne pas « se retrancher dans un catholicisme défensif », mais à faire preuve de « liberté » et de « créativité ». Il a profondément marqué les esprits avec cette affirmation : « Le centre de l’Eglise n’est pas l’Eglise ! Sortons de l’inquiétude excessive de nous-mêmes, pour nos structures, pour la façon dont la société sympathise avec nous ! » Et il ajoute : « L’Eglise n’est pas une forteresse, une puissance, un château situé en hauteur qui regarderait le monde avec distance et suffisance ». Il faisait allusion au château qui domine Bratislava. Le pape est bien conscient que l’Europe est frappée de plein fouet par la sécularisation et que celle-ci tend à minimiser voire à marginaliser la place des Eglises dans l’espace public. Il n’y a pas si longtemps encore, les Eglises occupaient une position dominante dans la société (pensons à la puissance de l’Eglise catholique en Pologne et en Italie ou de l’Eglise orthodoxe en Roumanie et en Serbie). François nous invite à une profonde lucidité : « Nous avons en arrière-plan une riche tradition chrétienne, mais, pour la vie de nombreuses personnes, elle reste le souvenir d’un passé qui ne parle plus ni n’oriente plus l’existence. » C’est vrai aussi chez nous, même si nos villes et nos villages sont encore marqués par un patrimoine chrétien, cela reste pour beaucoup de nos contemporains des vestiges du passé qui n’inspirent plus leurs choix de vie au quotidien. Et la demande des sacrements ou des funérailles chrétiennes est plus guidée par un certain conformisme que par une motivation chrétienne profonde. Certains ont choisi de se lamenter voire d’accuser l’Eglise de ne pas faire son boulot : réaffirmer avec force les vérités chrétiennes et rappeler les règles de vie morale. La menace de l’enfer ne fonctionne plus aujourd’hui et si le christianisme est perçu comme culpabilisant ou infantilisant, il est d’emblée discrédité. « Face à la perte du sens de Dieu, dit François, il ne sert à rien de se lamenter, de se retrancher dans un catholicisme défensif, de juger et d’accuser le monde. La créativité de l’évangile est nécessaire. »  Liberté, créativité, dialogue : voilà le chemin que trace le pape pour que le christianisme offre fraîcheur et attractivité pour nos contemporains. François plaide pour que l’Eglise retrouve une liberté de parole et d’actionet refuse d’être prisonnière des chrétiens qui voudraient purement et simplement un retour au passé mais aussi des médias qui lui dictent volontiers la conduite à suivre. « Dans la vie spirituelle et ecclésiale, il existe une tentation de chercher une fausse paix qui nous laisse tranquilles, plutôt que le feu de l’Évangile qui nous inquiète et nous transforme », continue François. Il souhaite ardemment une Eglise qui laisse une place « à l’aventure de la liberté », plutôt que de « devenir un lieu rigide et fermé. » Il revient sur un thème qu’il n’a cessé de développer depuis le début de son pontificat : il faut former les chrétiens à une relation mûre et libre avec Dieu. Comprenez : qui ne soit pas infantilisante et culpabilisante. C’est une invitation révolutionnaire dans une Eglise où on a souvent parlé de soumission et d’obéissance ! On a besoin de chrétiens responsables et adultes qui pensent, interrogent leur conscience et se remettent en cause. Et François appelle les membres de la hiérarchie à ne pas vouloir trop contrôler. « Si on regarde tout le temps comment une plante pousse, on la tue », ajoute-t-il en sortant de son texte écrit. Ensuite, il revient sur un autre thème qui lui est cher, la créativité ou le fait de « trouver de nouveaux alphabets » pour annoncer aujourd’hui la foi chrétienne dans des cultures en plein bouleversement. A Bratislava, il a rappelé l’œuvre de Cyrille et Méthode qui ont inventé l’alphabet cyrillique au IXème siècle pour s’inculturer dans le monde slave et y annoncer la Bonne nouvelle de Jésus Christ. « Si par notre prédication et par notre pastorale, nous ne parvenons plus à entrer par la voie ordinaire, cherchons à ouvrir des espaces différents, expérimentons d’autres voies », dit François. Et il poursuit en mettant en garde les prédicateurs contre des homélies de quarante minutes : « Une homélie de doit pas durer plus de 10 minutes (…) sauf si elle est vraiment intéressante ». Cette réflexion a suscité des applaudissements dans l’auditoire. Et François d’ajouter malicieusement : « les applaudissements ont commencé par les sœurs, qui sont victimes de nos homélies ! ».  Si l’on veut avancer sur le chemin de l’Évangile, le dialogue est indispensable aussi bien entre les croyants qu’avec ceux qui ne partagent pas la foi des chrétiens. L’appel à la fraternité universelle n’est pas nouveau, mais dans les Balkans qui ont connu des guerres civiles meurtrières souvent au nom de la religion (n’oublions pas le massacre horrible de Srebenica en 1995), le propos est percutant. Les chrétiens doivent être en première ligne pour mettre en œuvre cette fraternité et être des artisans de paix et de concorde. Merci à l’évêque de Rome de réveiller notre foi en Jésus Christ et de nous inviter, en ce début d’année pastorale, à faire preuve de liberté, de créativité et de dialogue pour que la Bonne Nouvelle de Jésus Christ donne du sens et du souffle à nos vies.

Philippe Goffinet

 

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