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L'éditorial de Philippe Goffinet

Publié le par Yvan Tasiaux

Le 5 octobre dernier, l’Eglise en France a été violemment secouée par la remise du rapport Sauvé, du nom de son coordinateur, concernant les abus sexuels commis par des prêtres et des religieux sur des enfants mineurs entre 1950 et nos jours. Les chiffres sont hallucinants : 330.000 victimes ! « Abus sexuels » est un euphémisme, car la réalité que cette expression recouvre relève du « crime ». Des vies innocentes ont été définitivement abîmées et les victimes bien souvent ignorées ou réduites au silence par des évêques pour préserver l’institution. Certes, les évêques de France avaient eux-mêmes créé cette commission indépendante en novembre 2018 avec comme mission de faire la lumière sur le passé, pour en tirer les conséquences et rétablir la confiance. Mais on a beau avoir souhaité ce processus de clarification, c’est très douloureux de voir la ruine et la pourriture au sein même de l’Eglise chez des personnes que l’on a bien souvent « sacralisées » en les mettant sur un piédestal. Selon une certaine approche théologique et spirituelle, le prêtre, de par son ordination, deviendrait une personne sacrée et donc intouchable et son autorité indiscutable au point d’exercer un chantage sexuel sur des mineurs et une mainmise sur les consciences des fidèles. En exigeant souvent le silence des victimes avec parfois, à la clef, des menaces de peines éternelles ! C’est ce que le pape François appelle le cléricalisme qu’il ne cesse de dénoncer comme la racine de tous ces abus.  Le traumatisme est profond dans l’Église en France mais aussi ailleurs et les appels se multiplient pour repenser la gouvernance et la place des laïcs dans celle-ci. Après le choc, la honte et l’émotion, voici le temps du débat qui a commencé dans bien des paroisses souvent en présence des évêques. Dans le diocèse de Soissons, à nos frontières, des échanges ont lieu avec l’évêque du lieu qui témoignent d’une ferme volonté de changement : « Nous souhaitons que l’Eglise se réforme en profondeur : moins de cléricalisme, moins de hiérarchie… Parce que l’Eglise, c’est tout le monde, pas que les prêtres », osent deux paroissiennes.

 

Cette écoute et ce dialogue avec le peuple de Dieu sont au cœur de la préparation du Synode des évêques voulu par le pape pour 2023. C’est une première dans l’histoire de l’Eglise que de souhaiter que les chrétiens donnent leur avis et soient ainsi partie prenante de cet événement. Quel est le but de cette consultation géante, de tous les catholiques, que le pape vient de lancer en ce début octobre et qui durera jusqu’en mars 2022 ? Il s’agit, dit le pape, « de faire germer des rêves dans l’Eglise » en commençant par « un large processus d’écoute ». Pour François, c’est de cette écoute que dépendra « la capacité d’imaginer un futur différent pour l’Eglise et pour ses institutions, à la hauteur de la mission qu’elle a reçue ». Un questionnaire vient d’être envoyé aux évêques qui vont le répercuter dans leurs diocèses respectifs. Les catholiques seront invités à identifier les personnes ou des groupes « laissés à la marge, expressément ou de fait », à expliciter la manière dont les laïcs « sont écoutés, en particulier les jeunes et les femmes » ainsi que « les marginaux et les exclus ».« Comment favorisons-nous la participation de tous aux décisions au sein de communautés structurées de manière hiérarchique ? », peut-on également lire dans le questionnaire. Ou encore : « Quels sont les lieux et les modalités de dialogue au sein de notre Eglise particulière ? Comment sont gérées les divergences de vues, les conflits et les difficultés ? »   C’est une bien lourde machine que le pape veut mettre en route et les délais peuvent paraître bien courts pour faire un bon travail d’écoute. Mais c’est une chance qui nous est donnée de « nous mettre en route ensemble » (c’est le sens du mot synode) pour imaginer quelle Eglise nous voulons pour le monde d’aujourd’hui. Nous essaierons de répondre dans la mesure de nos moyens à l’invitation du pape pour que notre Eglise retrouve un peu de jeunesse et de fraîcheur.

 

Philippe Goffinet