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Editorial de notre doyen Philippe Goffinet

Publié le par Philippe Goffinet

Dans une magnifique Lettre Apostolique publiée en décembre 2019, le pape François a longuement déployé le sens ce qu’il appelle « Le merveilleux signe de la crèche ».   Il fait bien sûr référence au récit de Luc que nous avons lu dans la nuit de Noël. Mais il nous invite aussi à nous retrouver en pensée dans le petit village de Greccio dans la vallée de Rieti où François d’Assise a fait installer le jour de Noël 1223 la première crèche vivante. « Quand François arriva, il trouva la mangeoire avec la paille, le bœuf et l’âne. Les gens qui étaient accourus manifestèrent une joie indicible jamais éprouvée auparavant devant la scène de Noël. Puis le prêtre, sur la mangeoire, célébra solennellement l’Eucharistie, montrant le lien entre l’Incarnation du Fils de Dieu et l’Eucharistie. A cette occasion, à Greccio, il n’y a pas eu de santons : la crèche a été réalisée et vécue par les personnes présentes ». Et le pape d’ajouter : « Saint François, par la simplicité de ce signe, a réalisé une grande œuvre d’évangélisation. Son enseignement a pénétré le cœur des chrétiens et reste jusqu’à nos jours une manière authentique de proposer à nouveau la beauté de notre foi avec simplicité… Pourquoi la crèche suscite-elle tant d’émerveillement et nous émeut-elle ? Tout d’abord parce qu’elle manifeste la tendresse de Dieu. Lui, le Créateur de l’univers, s’abaisse à notre petitesse. Le don de la vie, déjà mystérieux à chaque fois pour nous, fascine encore plus quand nous voyons que Celui qui est né de Marie est la source et le soutien de toute vie… La crèche est une invitation à « sentir » et à « toucher » la pauvreté que le Fils de Dieu a choisie pour lui-même dans son incarnation. Elle est donc, implicitement, un appel à le suivre sur le chemin de l’humilité, de la pauvreté, du dépouillement, qui, de la mangeoire de Bethléem conduit à la croix. C’est un appel à le rencontrer et à le servir avec miséricorde dans les frères et sœurs les plus nécessiteux (Mt 25,31-46). »

 

Ce message, nous le recevons en pleine pandémie et à la fin d’une année qui a été aussi marquée par des inondations meurtrières où certains d’entre nous ont vu leurs maisons et leurs biens emportés par les flots en furie. En Ethiopie, la guerre civile continue à faire des milliers de morts et jette sur les routes de l’exil des millions de personnes qui meurent de faim. Tout le Moyen Orient est encore secoué par des guerres et peine à trouver des chemins de paix et de réconciliation.  Dans plusieurs pays d’Afrique et d’Asie, les coups d’Etat se succèdent et les populations, victimes de la corruption, n’ont plus d’avenir.  Des migrants ont péri dans la traversée de la Manche.  Et l’Europe se révèle incapable de parler d’une seule voix pour déployer une réelle politique d’accueil. Au contraire, elle a autorisé la Pologne, la Lituanie et la Lettonie   à durcir l’accès à l’asile de 2000 exilés délibérément envoyés à ses frontières par le régime biélorusse.

 

Le pape François n’est pas un naïf et il est parfaitement au courant des questions complexes dans lesquelles nous nous débattons. « Mais, comme le dit Anne-Bénédicte Hoffner, dans La Croix du 6 décembre, c’est justement ce moment de tensions de questionnement qu’il a choisi pour jeter toutes ses forces dans la bataille des consciences. » A Lesbos, où il retournait après 5 ans, il a eu des paroles très dures à l’égard de l’Europe, qui se targue de promouvoir partout dans le monde le respect des personnes et des droits humains fondamentaux. « Ne laissons pas cette « mer des souvenirs » devenir la « mer de l’oubli ». Je vous en prie, arrêtons ce naufrage de civilisation ! » La Méditerranée, visible derrière lui, n’est-elle pas en train de devenir « un cimetière froid sans pierres tombales… et même un miroir de la mort » ?  Le pape François a redit sa honte, la honte de cette « Mare nostrum » devenue « Mare mortum ». Et le message qu’il a adressé aux chrétiens est on ne peut plus clair « C’est Dieu que l’on offense en méprisant l’homme créé à son image, en le laissant à la merci des vagues, dans le clapotis de l’indifférence, parfois même justifié au nom de prétendues valeurs chrétiennes. La foi, au contraire, exige compassion et miséricorde. Elle nous exhorte à l’hospitalité… Ce n’est pas de l’idéologie religieuse, ce sont les racines chrétiennes concrètes. Jésus affirme solennellement qu’il est là, dans l’étranger (…). Et le programme chrétien, c’est d’être là où Jésus est. » 

 

Voilà le message de Noël d’un homme désarmé, mais pétri par l’espérance qu’il puise dans l’humilité et la pauvreté de la crèche de Bethléem, là où Dieu en Jésus est venu partager totalement notre humanité de la naissance à la croix pour le salut du monde. Un bien pauvre signe… comme ce pape qui se déplace clopin-clopant, bien souvent appuyé sur le bras d’un de ses collaborateurs, mais habité par la Bonne Nouvelle de Jésus Christ pour tenter de réveiller les consciences humaines anesthésiées. Avec cette question lancinante qui traverse tout son pontificat : « Qu’as-tu fait de ton frère » ?

 

Bonnes fêtes de Noël et de Nouvel An

Philippe Goffinet