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L'éditorial de Philippe Goffinet

Publié le

 

Les Français viennent de reconduire Emmanuel Macron pour un deuxième mandat comme président de la République. Un vote de raison et pas forcément d’adhésion. Les électeurs ne lui signent pas un chèque en blanc.  Cet évènement a été suivi par beaucoup d’entre nous car l’enjeu était majeur étant donné la montée d’une extrême droite nationaliste, xénophobe et antieuropéenne. Ce qui m’inquiète, c’est de découvrir que celle-ci est soutenue par 40% de catholiques pratiquants au premier tour. Certes, le président Macron a pu agacer par son air hautain, sa manière de décider seul en snobant les corps intermédiaires (syndicats, monde associatif, cultes reconnus et même la Chambre et le Sénat) et une gestion un peu chaotique de la pandémie. Certains catholiques retiennent surtout de son premier quinquennat la révision des lois de la bioéthique : le recours possible à la procréation médicalement assistée (PMA), la théorie du genre enseignée à l’école et la volonté de dépénaliser l’euthanasie. Et plus anecdotique, un président qui les a privés de messe pendant la pandémie !  Même si on perçoit que le vote « Le Pen » est un barrage à Macron, il n’empêche que derrière tout cela c’est une autre vision de la France qui se dessine. De nombreux catholiques engagés et des mouvements chrétiens n’ont pas manqué de tirer la sonnette d’alarme entre les deux tours. Ils ont souligné avec force que le cœur du message chrétien n’est pas le repli mais l’accueil de l’autre (« J’étais un étranger et vous m’avez accueilli ») et appelé à endiguer l’extrême droite, sans pour autant donner un blanc-seing à Macron. Certains se sont étonnés voire scandalisés du silence de la hiérarchie de l’Eglise catholique. Dans cette aventure, la gauche très divisée n’a pas réussi à jouer une véritable opposition démocratique même si Mélanchon a fait un score plus qu’honorable. Mais avec un taux d’abstentions record de plus de 28%, il y a de quoi s’inquiéter. Il est révélateur des profondes divisions de la France et de la lassitude des électeurs.  

Il reste que le phénomène n’est malheureusement pas un cas isolé dans une Europe qui cherche son souffle et peine à rassembler les pays autour d’un projet cohérent et audacieux. La guerre en Ukraine a réussi à mobiliser les européens dans une opposition commune à la Russie de Poutine. Mais pour combien de temps ? L’homme fort du Kremlin ne manque pas de sympathisants parmi certains dirigeants européens. Il est urgent que les européens convaincus réfléchissent à un projet fédérateur ambitieux face aux nouveaux défis économiques, sociaux, culturels et éthiques qui se présentent aujourd’hui. Les Eglises peuvent y apporter une précieuse collaboration à travers leurs représentations auprès des instances européennes. Le pape François n’a pas hésité à secouer les eurodéputés lors de son discours au Parlement de Strasbourg (2014) en les invitant à remettre l’humain au cœur du projet européen. Il déplorait « l’image d’une Europe un peu vieillie et comprimée, qui tend à se sentir moins protagoniste dans un contexte qui la regarde souvent avec distance, méfiance, et parfois avec suspicion. » A la fin de son discours, il donnait à l’Europe une nouvelle feuille de route : « Chers Eurodéputés, l’heure est venue de construire ensemble l’Europe qui tourne, non pas autour de l’économie, mais autour de la sacralité de la personne humaine, des valeurs inaliénables ; l’Europe qui embrasse avec courage son passé et regarde avec confiance son avenir pour vivre pleinement et avec espérance son présent. Le moment est venu d’abandonner l’idée d’une Europe effrayée et repliée sur elle-même, pour susciter et promouvoir l’Europe protagoniste, porteuse de science, d’art, de musique, de valeurs humaines et aussi de foi. L’Europe qui contemple le ciel et poursuit des idéaux ; l’Europe qui regarde, défend et protège l’homme ; l’Europe qui chemine sur la terre sûre et solide, précieux point de référence pour toute l’humanité ! »Un beau message pascal que j’ai eu l’occasion de méditer avec des pèlerins, la semaine après Pâques, lors d’un passage dans la maison de Robert Schuman, un des pères fondateurs de l’Europe, à Scy-Chazelles près de Metz.

Philippe Goffinet

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